Archives par mot-clé : Tristan CORBIERE

Ici reviendra la fleurette blême
Dont les renouveaux sont toujours passés…
Dans les coeurs ouverts, sur les os tassés,
Une folle brise, un beau jour, la sème…

On crache dessus ; on l'imite même,
Pour en effrayer les gens très-sensés…
Ici reviendra la fleurette blême.

– Oh ! ne craignez pas son humble anathème
Pour vos ventres mûrs, Cucurbitacés !
Elle connaît bien tous ses trépassés !
Et, quand elle tue, elle sait qu'on l'aime…
– C'est la male-fleur, la fleur de bohème. –

Ici reviendra la fleurette blême.

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ousse : il est donc marin, ton père ?…
– Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d'avec ma mère,
Il a couché dans les brisants …

aman lui garde au cimetière
Une tombe – et rien dedans –
C'est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.

Deux petits. – Alors, sur la plage,
Rien n'est revenu du naufrage ? …
– Son garde-pipe et son sabot …

La mère pleure, le dimanche,
Pour repos… Moi : j'ai ma revanche
Quand je serai grand – matelot ! –

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Insomnie, impalpable Bête !
N'as-tu d'amour que dans la tête ?
Pour venir te pâmer à voir,
Sous ton mauvais oeil, l'homme mordre
Ses draps, et dans l'ennui se tordre !…
Sous ton oeil de diamant noir.

Dis : pourquoi, durant la nuit blanche,
Pluvieuse comme un dimanche,
Venir nous lécher comme un chien :
Espérance ou Regret qui veille.
A notre palpitante oreille
Parler bas… et ne dire rien ?

Pourquoi, sur notre gorge aride,
Toujours pencher ta coupe vide
Et nous laisser le cou tendu,
Tantales, soiffeurs de chimère :
– Philtre amoureux ou lie amère
Fraîche rosée ou plomb fondu ! –

Insomnie, es-tu donc pas belle ?…
Eh pourquoi, lubrique pucelle,
Nous étreindre entre tes genoux ?
Pourquoi râler sur notre bouche,
Pourquoi défaire notre couche,
Et… ne pas coucher avec nous ?

Pourquoi, Belle-de-nuit impure,
Ce masque noir sur ta figure ?…
– Pour intriguer les songes d'or ?…
N'es-tu pas l'amour dans l'espace,
Souffle de Messaline lasse,
Mais pas rassasiée encor !

Insomnie, es-tu l'Hystérie…
Es-tu l'orgue de barbarie
Qui moud l'Hosannah des Élus ?…
– Ou n'es-tu pas l'éternel plectre,
Sur les nerfs des damnés-de-lettre,
Raclant leurs vers – qu'eux seuls ont lus.

Insomnie, es-tu l'âne en peine
De Buridan – ou le phalène
De l'enfer ? – Ton baiser de feu
Laisse un goût froidi de fer rouge…
Oh ! viens te poser dans mon bouge ! …
Nous dormirons ensemble un peu.

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Ils sont fiers ceux-là ! … comme poux sur la gale !
C'est à la don-juan qu'ils vous font votre malle.
Ils ne sentent pas bon, mais ils fleurent le preux :
Valeureux vauriens, crétins chevalereux !
Prenant sans demander – toujours suant la race, –
Et demandant un sol, – mais toujours pleins de grâce …

Là, j'ai fait le croquis d'un mendiant à cheval :
– Le Cid … un cid par un été de carnaval :

– Je cheminais – à pied – traînant une compagne ;
Le soleil craquelait la route en blanc-d'Espagne ;
Et le cid fut sur nous en un temps de galop …
Là, me pressant entre le mur et le garrot :

– Ah ! seigneur Cavalier, d'honneur ! sur ma parole !
Je mendie à genoux : un oignon … une obole ? … –
(Et son cheval paissait mon col.) – Pauvre animal,
Il vous aime déjà ! Ne prenez pas à mal …
-Au large ! – Oh ! mais : au moins votre bout de cigare ? …
La Vierge vous le rende. – Allons : au large ! ou : gare ! …
(Son pied nu prenait ma poche en étrier.)
– Pitié pour un infirme, ô seigneur-cavalier …
– Tiens donc un sou … – Señior, que jamais je n'oublie
Votre Grâce ! Pardon, je vous ai retardé …
Señora : Merci, toi ! pour être si jolie …
Ma Jolie, et : Merci pour m'avoir regardé !

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Aumône au malandrin en chasse
Mauvais oeil à l'oeil assassin !
Fer contre fer au spadassin !
– Mon âme n'est pas en état de grâce ! –

Je suis le fou de Pampelune,
J'ai peur du rire de la Lune,
Cafarde, avec son crêpe noir…
Horreur ! tout est donc sous un éteignoir.

J'entends comme un bruit de crécelle…
C'est la male heure qui m'appelle.
Dans le creux des nuits tombe : un glas… deux glas

J'ai compté plus de quatorze heures…
L'heure est une larme – Tu pleures,
Mon coeur !… Chante encor, va – Ne compte pas.

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Pas d'éperon ni de cravache,
N'est-ce pas, Maîtresse à poil gris …
C'est bon à pousser une vache,
Pas une petite Souris.

Pas de mors à ta pauvre bouche :
Je t'aime, et ma cuisse te touche.
Pas de selle, pas d'étrier :
J'agace, du bout de ma botte,
Ta patte d'acier fin qui trotte.
Va : je ne suis pas cavalier …

– Hurrah ! c'est à nous la poussière !
J'ai la tête dans ta crinière,
es deux bras te font un collier.
– Hurrah ! c'est à nous le hallier !

– Hurrah ! c'est à nous la barrière !
– Je suis emballé : tu me tiens –
Hurrah !… et le fossé derrière …
Et la culbute ! – Femme tiens ! !

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Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d'oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D'avoir fait – Oh : pas exprès ! –
Son honteux monstre de livre !…
– " Mais : vous étiez donc bien ivre ?
– Ivre de vous !… Est-ce mal ?
– Écrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l'écrire !
– J'y pensais, en revenant…
On n'est pas parfait, Marcelle…
– Oh ! c'est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant ! "

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Si j'étais noble Faucon,
Tournoîrais sur ton balcon…
– Taureau : foncerais ta porte…
– Vampire : te boirais morte…
Te boirais !

– Geôlier : lèverais l'écrou…
– Rat : ferais un petit trou…
Si j'étais brise alizée,
Te mouillerais de rosée…
Roserais !

Si j'étais gros Confesseur,
Te fouaillerais, ô Ma Soeur !
Pour seconde pénitence,
Te dirais ce que je pense…
Te dirais…

Si j'étais un maigre Apôtre,
Dirais : " Donnez-vous l'un l'autre,
Pour votre faim apaiser :
Le pain-d'amour : Un baiser. "
Si j'étais !…

Si j'étais Frère-quêteur,
Quêterais ton petit coeur
Pour Dieu le Fils et le Père,
L'Eglise leur Sainte Mère…
Quêterais !

Si j'étais Madone riche,
Jetterais bien, de ma niche,
Un regard, un sou béni
Pour le cantique fini…
Jetterais!

Si j'étais un vieux bedeau,
Mettrais un cierge au rideau…
D'un goupillon d'eau bénite,
L'éteindrais, la vespre dite,
L'éteindrais !

Si j'étais roide pendu,
Au ciel serais tout rendu :
Grimperais après ma corde,
Ancre de miséricorde,
Grimperais !

Si j'étais femme… Eh, la Belle,
Te ferais ma Colombelle…
A la porte les galants
Pourraient se percer des flancs…
Te ferais…

Enfant, si j'étais la duègne
Rossinante qui te peigne,
Senora, si j'étais Toi…
J'ouvrirais au pauvre Moi,
– Ouvrirais ! –

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La dent de ton Erard, râtelier osanore,
Et scie et broie à cru, sous son tic-tac nerveux,
La gamme de tes dents, autre clavier sonore…
Touches qui ne vont pas aux cordes des cheveux !

– Cauchemar de meunier, ta : Rêverie agile !
– Grattage, ton : Premier amour à quatre mains !
O femme transposée en Morceau difficile,
Tes croches sans douleur n'ont pas d'accents humains !

Déchiffre au clavecin cet accord de ma lyre ;
Télégraphe à musique, il pourra le traduire :
Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse – Plaugorer…

Jamais ! – La clef-de-Sol n'est pas la clef de l'âme,
La clef-de-Fa n'est pas la syllabe de Femme,
Et deux demi-soupirs… ce n'est pas soupirer.

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Ce fut un vrai poète : il n'avait pas de chant.
ort, il aimait le jour et dédaigna de geindre.
Peintre : il aimait son art – Il oublia de peindre…
Il voyait trop – Et voir est un aveuglement.

– Songe-creux : bien profond il resta dans son rêve ;
Sans lui donner la forme en baudruche qui crève,
Sans ouvrir le bonhomme, et se chercher dedans.

– Pur héros de roman : il adorait la brune,
Sans voir s'elle était blonde… Il adorait la lune ;
ais il n'aima jamais – Il n'avait pas le temps. –

– Chercheur infatigable : Ici-bas où l'on rame,
Il regardait ramer, du haut de sa grande âme,
Fatigué de pitié pour ceux qui ramaient bien…

ineur de la pensée : il touchait son front blême,
Pour gratter un bouton ou gratter le problème
Qui travaillait là – Faire rien. –

– Il parlait : " Oui, la Muse est stérile ! elle est fille
D'amour, d'oisiveté, de prostitution ;
Ne la déformez pas en ventre de famille
Que couvre un étalon pour la production !

" O vous tous qui gâchez, maçons de la pensée !
Vous tous que son caprice a touchés en amants,
– Vanité, vanité – La folle nuit passée,
Vous l'affichez en charge aux yeux ronds des manant !

" Elle vous effleurait, vous, comme chats qu'on noie,
Vous avez accroché son aile ou son réseau,
Fiers d'avoir dans vos mains un bout de plume d'oie,
Ou des poils à gratter, en façon de pinceau ! "

– Il disait : " O naïf Océan ! O fleurettes,
Ne sommes-nous pas là, sans peintres, ni poètes !…
Quel vitrier a peint ! quel aveugle a chanté !…
Et quel vitrier chante en raclant sa palette,

" Ou quel aveugle a peint avec sa clarinette !
– Est-ce l'art ?… "
– Lui resta dans le Sublime Bête
Noyer son orgueil vide et sa virginité.

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