Niobé, tes enfants jadis furent heureux
D'avoir été changés en rochers et en pierre,
Avant que la beauté qui me livre la guerre
Eût fait voir en naissant des effets amoureux.

Car, depuis que ses yeux, ces astres rigoureux,
Eurent de feux, d'attraits, rempli l'air et la terre,
Il n'est rien de vivant que son regard n'enferre
Et ne fasse mourir chétif et langoureux.

Que n'ai-je vu Méduse au lieu de son visage !
Las ! Je serais exempt du tourment qui m'outrage,
M'ayant changé en roc où la mort ne peut rien.

Donc pensant à Gorgone et à sa face extrême,
On devrait souhaiter qu'elle eût pour notre bien
Ou l'oeil aussi hideux ou le pouvoir de même.

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Ô misérable vie ! ici bas agitée
Comme sont les vaisseaux errant dessus les flots,
Sujette au trait fatal de la fière Atropos,
Des lâches ignorants si chère et souhaitée.

Un chacun se propose en son âme flattée
De posséder son bien, d'en jouir en repos,
Mais leur espoir s'enfuit au vent de ces propos :
Car le temps nous abuse en forme d'un Protée.

Ô vie ! ô triste mort ! en langueur finissant,
Rude, fière et tragique en son règne glissant,
Vie enfin que le temps, et la fortune envie,

Quand nous te regrettons, hélas ! nous avons tort,
Vu qu'il n'est rien ici de moins sûr que la vie,
Ni de plus assuré que l'arrêt de la mort.

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Puissante déité, redoutable Inconstance,
Qui par tout l'Univers dissout nos liaisons,
Fille unique du Temps, reine des horizons,
Qui même des rochers brave la résistance,

Enfin le grand Soleil aime ton inconstance,
Et se plaît de la suivre en diverses maisons,
Comme l'an à courir par ses quatre saisons,
Mesurant de leur tour l'une et l'autre distance.

Par ton mobile accord sont les cieux emportés,
L'air, la terre et la mer s'en trouvent agités,
Rendant leurs actions d'une fuite inégale.

Hé donc ! puisque partout on voit régner ta loi,
Pour me guérir des traits d'une amour déloyale,
Répands ton influence aujourd'hui dessus moi !

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Parmi ces monts où séjourne l'ombrage,
L'asil' n'est point d'antre ni de rocher,
Où jour et nuit ne me vaise chercher
La mort pour fin de l'amour qui m'outrage.

Il n'est aussi ni ruisseau ni bocage.
Arbres ni fleurs que je puisse approcher,
Qui de mon mal ne se laisse toucher,
Oyant ma plainte et mon triste langage.

Ces champs divers vont recevant mes pleurs,
La voix d'Écho soupire mes douleurs,
Contre mon sort ce ruisselet murmure.

Rochers et bois, herbes, fleurs et ruisseaux,
Vous connaîtriez le nombre de mes maux,
Si vous voyez celle pour qui j'endure !

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Plaignez-moi, chers amants, que le ciel adversaire
Jadis a transformés dans ce bois solitaire
En arbres et en fleurs,
Et toi plaisant, Narcis, quitte un peu ta fontaine,
Si tu veux voir d'Amour la figure certaine,
Mire-toi dans mes pleurs !

Je me plais au travail que sans cesse j'endure,
Avec ces hauts sapins mon désir se mesure
Et s'accroît tous les jours.
Cette belle verdeur maintient mon espérance,
Ces rochers m'ont rempli de nouvelle constance,
Et ces oiseaux d'amour.

Enfin quand l'on dira, parlant de ma ruine,
Que j'eus le coeur d'aimer une beauté divine
Dont les dieux sont jaloux,
Ce serait des lauriers pour couronner ma flamme,
Et puis ce purgatoire où se plonge mon âme
M'est agréable et doux.

Encore une autre fois, adieu, chères délices,
Adieu saintes beautés à mes voeux si propices,
Adieu plaisirs passés !
Ô mort, je ne crains plus ta dextre vengeresse :
Vivre une heure content aimé de sa maîtresse
N'est-ce pas vivre assez ?

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Deux femmes aujourd'hui me donnent espérance
De vaincre la rigueur de mon amoureux sort,
L'une est ma belle dame où Amour tient son fort,
La seconde Atropos qui notre fin avance.

Deux puissants Dieux aussi me donnent assurance
De porter à mon mal quelque peu de confort,
Amour est le premier, le second est la Mort,
D'où j'attends ou plaisir ou fin de ma souffrance.

Deux eaux, l'une Léthé et l'autre de pitié,
Allégeront mon coeur qui brûle d'amitié,
Par grâce ou par oubli malgré mon aventure.

A deux pierres encor gît mon dernier espoir,
Au marbre de son coeur qu'on ne peut émouvoir,
Ou celle de la tombe et de la sépulture.

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Je suis le triste oiseau de la nuit solitaire,
Qui fuit sa même espèce et la clarté du jour,
De nouveau transformé par la rigueur d'Amour,
Pour annoncer l'augure au malheureux vulgaire.

J'apprends à ces rochers mon tourment ordinaire,
Ces rochers plus secrets où je fais mon séjour.
Quand j'achève ma plainte, Écho parle à son tour,
Tant que le jour survient qui soudain me fait taire.

Depuis que j'eus perdu mon soleil radieux,
Un voile obscur et noir me vint bander les yeux,
Me dérobant l'espoir qui maintenait ma vie.

J'étais jadis un aigle auprès de sa clarté,
Telle forme à l'instant du sort me fut ravie,
Je vivais de lumière, ore d'obscurité.

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Augmentez mes tourments, faites languir mon âme,
Joignez votre mépris aux rigueurs de mon sort,
Au lieu de votre objet faites-moi voir la mort,
Et trempez de poison la flèche qui m'étonne.

Soyez sourde à mes cris lorsque je vous réclame,
Me remplissant de crainte au lieu de réconfort,
Émouvez la tempête et m'éloignez du port,
Opposez votre glace à l'ardeur qui m'enflamme,

Ces langueurs, ces dédains que l'on me voit pâtir,
Ne pourront de mon coeur votre amour divertir,
Ni moins de mes désirs faire tomber les ailes.

Comme vous surpassez les autres en beauté,
Je veux être un Phénix entre les plus fidèles,
Malgré le sort, l'envie et votre cruauté.

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Doux sommeil enchanteur qui silles la paupière
De celle que je vois doucement reposer,
Veuille d'avec son coeur la haine diviser
Qui la rend contre moi si cruelle et si fière,

Fais-lui voir en songeant mon âme prisonnière
Qu'un brûlant repentir vient partout embraser,
Et si cela ne peut son courroux apaiser,
Fais-moi voir à ses pieds sans vie et sans lumière.

Si son coeur songe aux eaux, baigne-la dans mes pleurs,
Aux peines des damnés, fais-lui voir mes douleurs,
S'il songe dans le feu, las ! montre-lui ma flamme,

Si rêvant tu l'amènes à l'infernal séjour,
Dans le fleuve Léthé, au moins, plonge son âme.
Fais oublier sa haine et non pas son amour !

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Obscur vallon, montagne sourcilleuse
Qui vers Phoebus tient opposé le dos,
Nuit solitaire, hôtesse du repos,
Démons voisins de l'onde stygieuse,

Rocher pierreux, et vous caverne hideuse
Où les lions et les ours sont enclos,
Hiboux, corbeaux, augures d'Atropos,
Le seul objet d'une âme malheureuse,

Triste désert du monde abandonné,
Je suis esprit à grand tort condamné
Aux feux, aux cris d'un Enfer ordinaire,

Et viens à vous pour lamenter mon sort,
Fléchir le Ciel, ou, s'il ne se peut faire,
Mouvoir l'Enfer, les Parques, et la Mort.

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