Archives par mot-clé : Siméon-Guillaume de LA ROQUE

Niobé, tes enfants jadis furent heureux
D'avoir été changés en rochers et en pierre,
Avant que la beauté qui me livre la guerre
Eût fait voir en naissant des effets amoureux.

Car, depuis que ses yeux, ces astres rigoureux,
Eurent de feux, d'attraits, rempli l'air et la terre,
Il n'est rien de vivant que son regard n'enferre
Et ne fasse mourir chétif et langoureux.

Que n'ai-je vu Méduse au lieu de son visage !
Las ! Je serais exempt du tourment qui m'outrage,
M'ayant changé en roc où la mort ne peut rien.

Donc pensant à Gorgone et à sa face extrême,
On devrait souhaiter qu'elle eût pour notre bien
Ou l'oeil aussi hideux ou le pouvoir de même.

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Madame, ce matin je vous offre une fleur
Qui du sang de Narcis a pris son origine :
Pour vous y comparer Amour vous la destine,
Et vous vient consacrer son tige et sa couleur.

Vous semblez un Narcis de grâce et de rigueur,
Il avait comme vous l'apparence divine,
De sa vive beauté l'onde fut la ruine,
Et je crains qu'un miroir cause votre malheur !

De moi je suis Écho dolente forestière,
Qui va cherchant partout votre grâce meurtrière
Pour trouver du relâche à ma captivité,

Mais vous voyant toujours plus fière et inhumaine,
Je désire sans plus que je sois la fontaine
Où les dieux puniront votre sévérité.

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Ô Nuit plaisante et sereine,
Viens découvrir à nos yeux
Ton beau char qui se pourmène
Par les campagnes des cieux.
Sors de ta caverne obscure
Dans le saphir éclatant,
Pendant qu'en cette verdure
Je vais ton los racontant.

Rallume ta clarté sainte,
Que le grand Soleil jaloux
Avait par sa flamme éteinte,
Passant à midi sur nous,
Fais voir ta beauté céleste,
Digne d'offrande et d'autels,
Et par qui se manifeste
Le Ciel aux yeux des mortels.

Or j'aperçois que ton voile
S'étend dessus l'Orient,
Méme la première étoile
Nous montre son oeil riant,
Les monts, les bois, les vallées.
Commencent à s'ombrager,
Pendant qu'aux ondes salées
Le soleil se va plonger.

Nuit qui pour mon bien retourne,
Ministre de nos plaisirs,
Ô belle Nuit où séjourne
Le sujet de nos désirs,
Arrête un peu ton voyage,
Tant que celle que je veux
Me montre sous ton ombrage
Le paradis amoureux.

Ô Nuit à jamais utile,
Nuit douce et pleine d'appâs,
Sans toi tout serait stérile,
Et sécherait ici-bas,
Ô Nuit seul repos du monde,
Miroir des feux de là-haut,
Qui rends la terre féconde
Avec l'humide et le chaud,

Ô Nuit qu'au jour je préfère
Par qui notre entendement
Connut la céleste sphère,
Son cours et son mouvement,
Et par la règle commune,
Tu nous fais voir maintes fois
Le trépas et la fortune
Des laboureurs et des rois.

Nuit agréable et plaisante,
Douce nourrice d'Amour,
Que j'adore et que je vante
Plus que les rayons du jour,
Dans ton azur solitaire
Se modèrent nos langueurs,
Te rendant la secrétaire
Des passions de nos coeurs. […]

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Je suis en ces déserts l'amoureuse Clytie,
Qui suis jusques au soir mon Soleil radieux,
Dont la jalouse ardeur d'un amour furieux
Fut cause que je suis en souci convertie.

Quand de mon horizon sa lumière est partie,
Et que l'obscure nuit la dérobe à mes yeux,
De pleurs j'émeus la terre et de soupirs les cieux,
Tant que par son retour ma peine est divertie.

Je n'ai que ce relâche au malheur qui me suit,
Le jour je me consomme et vais mourant la nuit,
Près ou loin que je sois de l'astre qui m'enflamme.

Près, j'aime mieux souffrir. Car par l'éloignement,
J'enferme, en me fermant au profond de mon âme,
L'ennui, le désespoir, l'horreur et le tourment.

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Puisque l'absence me retire
En ce désert où je soupire
L'amour qui me rend furieux,
Puisque le sort me porte envie,
Je veux faire écouler ma vie
Par les fontaines de mes yeux.

Puisqu'un autre à mon bien succède,
Puisque mon mal est sans remède,
L'espoir doit être supprimé.
Puisqu'en vain le ciel je réclame,
Et puisque j'ai perdu Madame,
Adieu, luth que j'ai tant aimé !

Sus donc, mes yeux, fondez en larmes,
Parques, redoublez vos alarmes,
Annonçant la fin de mes jours,
Car éloigné de ce que j'aime,
Je me vois privé de moi-même,
Plus suivi de morts que d'amours.

Amour, fuis donc de ma pensée,
Puisque l'espérance est chassée,
De quoi te voudrais-tu nourrir ?
Laisse-moi pleurer mon dommage.
Quand on sent un pareil outrage,
C'est grand heur de pouvoir mourir !

Puisque ce bel oeil me délaisse,
Je dois, tout noirci de tristesse,
M'abandonner au déconfort.
Mon âme, fuis donc aux ténèbres,
Et que mes complaintes funèbres
Fassent même horreur à la mort !

Et vous, roches abandonnées
Qui voyez le cours des années,
Roches que j'ébranle d'effroi,
Écoutez ma douleur profonde.
Vites-vous jamais en ce monde
Rien de si malheureux que moi ?

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Ô misérable vie ! ici bas agitée
Comme sont les vaisseaux errant dessus les flots,
Sujette au trait fatal de la fière Atropos,
Des lâches ignorants si chère et souhaitée.

Un chacun se propose en son âme flattée
De posséder son bien, d'en jouir en repos,
Mais leur espoir s'enfuit au vent de ces propos :
Car le temps nous abuse en forme d'un Protée.

Ô vie ! ô triste mort ! en langueur finissant,
Rude, fière et tragique en son règne glissant,
Vie enfin que le temps, et la fortune envie,

Quand nous te regrettons, hélas ! nous avons tort,
Vu qu'il n'est rien ici de moins sûr que la vie,
Ni de plus assuré que l'arrêt de la mort.

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Puissante déité, redoutable Inconstance,
Qui par tout l'Univers dissout nos liaisons,
Fille unique du Temps, reine des horizons,
Qui même des rochers brave la résistance,

Enfin le grand Soleil aime ton inconstance,
Et se plaît de la suivre en diverses maisons,
Comme l'an à courir par ses quatre saisons,
Mesurant de leur tour l'une et l'autre distance.

Par ton mobile accord sont les cieux emportés,
L'air, la terre et la mer s'en trouvent agités,
Rendant leurs actions d'une fuite inégale.

Hé donc ! puisque partout on voit régner ta loi,
Pour me guérir des traits d'une amour déloyale,
Répands ton influence aujourd'hui dessus moi !

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Parmi ces monts où séjourne l'ombrage,
L'asil' n'est point d'antre ni de rocher,
Où jour et nuit ne me vaise chercher
La mort pour fin de l'amour qui m'outrage.

Il n'est aussi ni ruisseau ni bocage.
Arbres ni fleurs que je puisse approcher,
Qui de mon mal ne se laisse toucher,
Oyant ma plainte et mon triste langage.

Ces champs divers vont recevant mes pleurs,
La voix d'Écho soupire mes douleurs,
Contre mon sort ce ruisselet murmure.

Rochers et bois, herbes, fleurs et ruisseaux,
Vous connaîtriez le nombre de mes maux,
Si vous voyez celle pour qui j'endure !

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Plaignez-moi, chers amants, que le ciel adversaire
Jadis a transformés dans ce bois solitaire
En arbres et en fleurs,
Et toi plaisant, Narcis, quitte un peu ta fontaine,
Si tu veux voir d'Amour la figure certaine,
Mire-toi dans mes pleurs !

Je me plais au travail que sans cesse j'endure,
Avec ces hauts sapins mon désir se mesure
Et s'accroît tous les jours.
Cette belle verdeur maintient mon espérance,
Ces rochers m'ont rempli de nouvelle constance,
Et ces oiseaux d'amour.

Enfin quand l'on dira, parlant de ma ruine,
Que j'eus le coeur d'aimer une beauté divine
Dont les dieux sont jaloux,
Ce serait des lauriers pour couronner ma flamme,
Et puis ce purgatoire où se plonge mon âme
M'est agréable et doux.

Encore une autre fois, adieu, chères délices,
Adieu saintes beautés à mes voeux si propices,
Adieu plaisirs passés !
Ô mort, je ne crains plus ta dextre vengeresse :
Vivre une heure content aimé de sa maîtresse
N'est-ce pas vivre assez ?

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Deux femmes aujourd'hui me donnent espérance
De vaincre la rigueur de mon amoureux sort,
L'une est ma belle dame où Amour tient son fort,
La seconde Atropos qui notre fin avance.

Deux puissants Dieux aussi me donnent assurance
De porter à mon mal quelque peu de confort,
Amour est le premier, le second est la Mort,
D'où j'attends ou plaisir ou fin de ma souffrance.

Deux eaux, l'une Léthé et l'autre de pitié,
Allégeront mon coeur qui brûle d'amitié,
Par grâce ou par oubli malgré mon aventure.

A deux pierres encor gît mon dernier espoir,
Au marbre de son coeur qu'on ne peut émouvoir,
Ou celle de la tombe et de la sépulture.

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