Archives par mot-clé : Pierre de RONSARD

Je voudrais être Ixion et Tantale,
Dessus la roue et dans les eaux là-bas,
Et nu à nu presser entre mes bras
Cette beauté qui les anges égale.

S'ainsi était, toute peine fatale
Me serait douce et ne me chaudrait pas,
Non, d'un vautour fussé-je le repas,
Non, qui le roc remonte et redévale.

Lui tâtonner seulement le tétin.
Echangerait l'obscur de mon destin
Au sort meilleur des princes de l'Asie :

Un demi-dieu me ferait son baiser,
Et flanc à flanc entre ses bras m'aiser,
Un de ces Dieux qui mangent l'Ambrosie.

Average Rating: 4.7 out of 5 based on 260 user reviews.

Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit :

Si c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi même et d'être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit :

Si c'est aimer que de vivre en vous plus qu'en moi même,
Cacher d'un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime :
Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.

Average Rating: 4.9 out of 5 based on 207 user reviews.

Naguiere chanter je voulois
Comme Francus au bord Gaulois
Avecq' sa troupe vint descendre,
Mais mon luc pinçé de mon doi,
Ne vouloit en dépit de moi
Que chanter Amour, et Cassandre.

Je pensoi pource que toujours
J'avoi dit sur lui mes amours,
Que ses cordes par long usage
Chantoient d'amour, et qu'il faloit
En mettre d'autres, s'on vouloit
Luy aprendre un autre langage.

Et pour ce faire, il n'y eut fust,
Archet, ne corde, qui ne fust
Echangée en d'autres nouvelles :
Mais apres qu'il fut remonté,
Plus haut que davant a chanté
Comme il souloit, les damoyselles.

Or adieu doncq' pauvre Francus,
Ta gloire, sous tes murs veinqus,
Se cachera toujours pressée,
Si, à ton neveu, nostre Roi,
Tu ne dis qu'en l'honneur de toi,
Il face ma Lyre crossée.

Average Rating: 5 out of 5 based on 258 user reviews.

Dedans des Prez je vis une Dryade,
Qui comme fleur s'assisoyt par les fleurs,
Et mignotoyt un chappeau de couleurs,
Echevelée en simple verdugade.

Des ce jour là ma raison fut malade,
Mon cuoeur pensif, mes yeulx chargez de pleurs,
Moy triste et lent : tel amas de douleurs
En ma franchise imprima son oeillade.

Là je senty dedans mes yeulx voller
Une doulx venin, qui se vint escouler
Au fond de lame : et depuis cest oultrage,

Comme un beau lis, au moys de Juin blessé
D'un ray trop chault, languist à chef baissé,
Je me consume au plus verd de mon age.

Average Rating: 4.8 out of 5 based on 254 user reviews.

Bien que les champs, les fleuves et les lieux,
Les monts, les bois, que j'ai laissés derrière,
Me tiennent loin de ma douce guerrière,
Astre fatal d'où s'écoule mon mieux,

Quelque Démon par le congé des Cieux,
Qui présidait à mon ardeur première,
Conduit toujours d'une aile coutumière
Sa belle image au séjour de mes yeux.

Toutes les nuits, impatient de hâte,
Entre mes bras je rembrasse et retâte
Son vain portrait en cent formes trompeur.

Mais quand il voit que content je sommeille.
Moquant mes bras il s'enfuit, et m'éveille,
Seul en mon lit, plein de honte et de peur.

Average Rating: 4.5 out of 5 based on 159 user reviews.

Chanson

Vu que tu es plus blanche que le lis,
Qui t'a rougi ta lèvre vermeillette
D'un si beau teint ? Qui est-ce qui t'a mis
Sur ton beau sein cette couleur rougette ?

Qui t'a noirci les arcs de tes sourcils ?
Qui t'a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ?
Ô grand beauté remplie de soucis,
Ô grand beauté pleine de grand liesse !

Ô douce, belle, honnête cruauté,
Qui doucement me contraint de te suivre,
Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté,
Avecque toi je veux mourir et vivre.

Average Rating: 4.5 out of 5 based on 158 user reviews.

Le Ciel ne veut, Dame, que je jouisse
De ce doux bien que dessert mon devoir ;
Aussi ne veux-je, et ne me plaît d'avoir
Sinon du mal en vous faisant service.

Puisqu'il vous plaît, que pour vous je languisse,
Je suis heureux, et ne puis recevoir
Plus grand honneur, qu'en mourant, de me voir
Faire à vos yeux de mon coeur sacrifice.

Donc si ma main, malgré moi, quelquefois
De l'amour chaste outrepasse les lois,
Dans votre sein cherchant ce qui m'embraise,

Punissez-la du foudre de vos yeux,
Et la brûlez : car j'aime beaucoup mieux
Vivre sans main, que ma main vous déplaise.

Average Rating: 4.9 out of 5 based on 218 user reviews.

Je vous donne des oeufs. L'oeuf en sa forme ronde
Semble au Ciel, qui peut tout en ses bras enfermer,
Le feu, l'air et la terre, et l'humeur de la mer,
Et sans estre comprins comprend tout en ce monde.

La taye semble à l'air, et la glère féconde
Semble à la mer qui fait toutes choses germer :
L'aubin ressemble au feu qui peut tout animer,
La coque en pesanteur comme la terre abonde,

Et le ciel et les oeufs de blancheur sont couvers.
Je vous donne (en donnant un oeuf) tout l'Univers :
Divin est le présent, s'il vous est agréable.

Mais bien qu'il soit parfait, il ne peut égaler
Vostre perfection qui n'a point de semblable,
Dont les Dieux seulement sont dignes de parler.

Average Rating: 4.6 out of 5 based on 203 user reviews.

Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle
Toute flamber d'amour, d'honneur et de vertu,
Le regret, comme un trait mortellement pointu,
Me traverse le coeur d'une playe eternelle.

Alors que j'esperois la bonne grace d'elle,
L'Amour a mon espoir que la Mort combattu :
La Mort a mon espoir d'un cercueil revestu,
Dont j'esperois la paix de ma longue querelle.

Amour tu es enfant inconstant et leger .
Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger,
Decevant d'un chacun l'attente et le courage.

Malheureux qui se fie en l'Amour et en toy :
Tous deux comme la Mer vous n'avez point de foy,
L'un fin, l'autre parjure, et l'autre oiseau volage.

Average Rating: 4.6 out of 5 based on 300 user reviews.

Marie, à tous les coups vous me venez reprendre
Que je suis trop léger, et me dites toujours,
Quand je vous veux baiser, que j'aille à ma Cassandre,
Et toujours m'appelez inconstant en amours.

Je le veux être aussi, les hommes sont bien lourds
Qui n'osent en cent lieux neuve amour entreprendre.
Celui-là qui ne veut qu'à une seule entendre,
N'est pas digne qu'Amour lui fasse de bons tours.

Celui qui n'ose faire une amitié nouvelle,
A faute de courage, ou faute de cervelle,
Se défiant de soi, qui ne peut avoir mieux.

Les hommes maladifs, ou matés de vieillesse,
Doivent être constants : mais sotte est la jeunesse
Qui n'est point éveillée, et qui n'aime en cent lieux.

Average Rating: 4.8 out of 5 based on 203 user reviews.