Archives par mot-clé : Paul SCARRON

Un amas confus de maisons
Des crottes dans toutes les rues
Ponts, églises, palais, prisons
Boutiques bien ou mal pourvues

Force gens noirs, blancs, roux, grisons
Des prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons
Des gens de plume aux mains crochues

Maint poudré qui n'a pas d'argent
Maint filou qui craint le sergent
Maint fanfaron qui toujours tremble,

Pages, laquais, voleurs de nuit,
Carrosses, chevaux et grand bruit
Voilà Paris que vous en semble ?

Average Rating: 4.8 out of 5 based on 269 user reviews.

Aux Dames.

Ô malheur du temps où nous sommes !
Je suis le plus adroit des hommes
Et suis reduit à balleyer.
Mais, si vous voulez m'employer
Au charmant mestier de vous plaire,
Vous verrez ce que je sçay faire :
Si je n'en sors à mon honneur,
Ne vous fiez jamais au Balleyeur.

Average Rating: 4.6 out of 5 based on 181 user reviews.

Philis, vous vous plaignez que je n'ay point d'esprit
A vous parler de mon martyre.
Helas ! ignorez-vous qu'un mal que l'on peut dire
N'est jamais si grand que l'on dit ?

Un Amant dit assez quand il est interdit,
Quand il languit, quand il souspire ;
Mais aprenez, Philis, qu'un mal que l'on peut dire
N'est jamais si grand que l'on dit.

Average Rating: 4.9 out of 5 based on 193 user reviews.

C'estoit assés de vos yeux pleins de charmes
Pour vaincre ma raison ;
Mais vous chantez encor ! ô quelle trahison !
Doit-on blesser ceux qui rendent les armes ?
Je voy bien que ma mort est tout vostre desir ;
He bien ! je meurs ; mais je meurs de plaisir.

Vous eussiez eu d'une mort plus cruelle
L'esprit plus satisfait ;
Mais pouviez-vous chanter et produire un effect
Qui fust contraire à vostre voix si belle ?
Ainsi, belle Phillis, contre vostre desir,
Je meurs, je meurs, mais je meurs de plaisir.

Average Rating: 4.7 out of 5 based on 245 user reviews.

Quand je vous dis que vos yeux m'ont bruslé,
Vous faites l'offencée ;
Quand je vous cache ma pensée,
Vous m'appellez dissimulé !
Helas ! que dois-je faire ?
Si je parle, vous vous faschez,
Et si je me veux taire,
Vous me le reprochez.

Si vous traittez d'une esgale rigueur
Ma plainte et mon silence,
Belle Philis, tout vous offence,
Rien ne peut fleschir vostre coeur.
Helas ! quelle infortune !
Quand je parle et quand je me tais,
Sans cesse j'importune
Et jamais je ne plais.

Average Rating: 4.8 out of 5 based on 190 user reviews.

Stances

Phebus a tres-bonne raison
De se mettre en mestier pour mieux gagner sa vie ;
Je voudrois qu'il lui prît envie
De bâtir sur Parnasse une bonne maison :
Elle seroit fort de saison ;
Il est âgé, quoy qu'il en die,
Et sans l'excès de sa folie

Il seroit déja tout grison.
Nous logeons tous à découvert :
On n'a jamais bâty, dessus nostre Montagne,
Que de beaux chasteaux en Espagne ;
Cependant un autheur, dont le front n'est couvert
Que d'un rameau de Laurier vert,
Dans le milieu d'une campagne,
Fût-il au Païs de Cocagne,
Est mal logé pour son hyver.

Il est pourtant vray qu'autrefois
Cette incommodité nous donnoit peu de peine
Lors que l'eau de nostre fontaine
S'achetoit cherement des Princes et des Roys :
Nous avions lors et vin et bois,
Dont nous réchauffions nostre veine,
Et l'on avoit la pance pleine
Pour peu qu'on se rongeât les doits.

Alors, tout d'une autre façon
Nous faisions raisonner les nerfs de nostre Lyre ;
Lors aussi nostre tirelire,
Pleine de quarts-d'écus, rendoit bien meilleur son ;
Il n'estoit de riche garçon
Qui ne reverât nostre Empire,
Et tout ce qui d'Amour soûpire
Nous payoit tribut ou rançon.

Qu'un autheur seroit abusé,
Qui croiroit maintenant, par ses Vers pleins d'emphase
Et d'une belle periphrase,
Excroquer un teston du plus mal-avisé !
L'on est aujourd'huy si rusé,
Qu'on ne peut plus vendre Pegase :
Chacun se rit de sa peau rase
Et de son harnois tout usé.

Croy-moy donc, Rimeur indigent :
Fais un autre mestier ; il t'y faut bien resoudre
Si tu veux avoir dequoy moudre ;
Sors d'entre ces lauriers qui te vont ombrageant ;
Ce bois sacré n'est pas d'argent ;
Il peut bien te garder du foudre
Qui reduit toute chose en poudre,
Mais non pas des mains d'un sergent.

Regarde les Arts Liberaux
Et comment au travail un chacun d'eux s'applique :
Tu verras que l'Aritmetique
Travaille incessamment aux contoirs et bureaux ;
Tous les jours dedans les bareaux
On employe la Rhetorique :
Celle qui des Cieux s'alambique
Nous fait des almanacs nouveaux.

Regarde enfin le Dieu des vers :
Quoy que communément paresseux on le croye,
Il n'a point honte qu'on le voye
Travailler aujourd'huy de cent mestiers divers :
Il est menuisier à Nevers,
Et pour bâtir les Murs de Troye
Il quitte son habit de soye,
Ou du moins le met à l'envers.

Average Rating: 4.9 out of 5 based on 278 user reviews.

Sonnet

Superbes monuments de l'orgueil des humains,
Pyramides, tombeaux dont la vaine structure
A témoigné que l'art, par l'adresse des mains
Et l'assidu travail, peut vaincre la nature :

Vieux palais ruinés, chefs-d'oeuvre des Romains
Et les derniers efforts de leur architecture,
Colisée, où souvent ces peuples inhumains
De s'entr'assassiner se donnaient tablature :

Par l'injure des ans vous êtes abolis,
Ou du moins, la plupart, vous êtes démolis ;
Il n'est point de ciment que le temps ne dissoude.

Si vos marbres si durs ont senti son pouvoir,
Dois-je trouver mauvais qu'un méchant pourpoint noir,
Qui m'a duré deux ans, soit percé par le coude ?

Average Rating: 4.6 out of 5 based on 182 user reviews.

Beauté, seringue à brazier,
Coeur d'acier
Tu m'as mis le flanc
A feu et à sang.
Helas ! l'amour m'a pris
Comme le chat fait la souris.

Average Rating: 4.9 out of 5 based on 195 user reviews.

Hé bien ! je consens de mourir.
Aussi bien l'espoir de guerir
Me flateroit en vain des douceurs de la vie.
Je n'ay plus qu'un moment à desplaire à vos yeux ;
Vous allez voir, belle Silvie,
Quand je ne seray plus, si vous en serez mieux.

Average Rating: 5 out of 5 based on 216 user reviews.

Duc de SULLY, vous m'avez envoyé
Un beau pasté, des plus grands que l'on voye,
Dieu sçait comment je m'en donne au coeur joye,
Quand je devrois en estre desvoyé,
Quand je devrois m'en irriter le foye.
Tel grand Seigneur, que je ne nomme pas,
D'un tel pasté feroit quatre repas.

Average Rating: 5 out of 5 based on 181 user reviews.