Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Comme les dieux gavant leur panse

Comme les dieux gavant leur panse,
Les Prétendants aussi.
Télémaque en est tout ranci :
Il pense à la dépense.

Neptune soupe à Djibouti,
(Près de la mer salée).
Pénélope s'est en allée.
Tout le monde est parti.

Un poète, que nuls n'écoutent,
Chante Hélène et les Oeufs.
Le chien du logis se fait vieux :
Ces gens-là le dégoûtent !

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : La première fois

– " Maman !… Je voudrais qu'on en meure. "
Fit-elle à pleine voix.
– " C'est que c'est la première fois,
Madame, et la meilleure. "

Mais elle, d'un coude ingénu

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Vous qui retournez du Cathai

Vous qui retournez du Cathai
Par les Messageries,
Quand vous berçaient à leurs féeries
L'opium ou le thé,

Dans un palais d'aventurine
Où se mourait le jour,
Avez-vous vu Boudroulboudour,
Princesse de la Chine,

Plus blanche en son pantalon noir
Que nacre sous l'écaille ?
Au clair de lune, Jean Chicaille,
Vous est-il venu voir,

En pleurant comme l'asphodèle
Aux îles d'Ouac-Wac,
Et jurer de coudre en un sac
Son épouse infidèle,

Mais telle qu'à travers le vent
Des mers sur le rivage
S'envole et brille un paon sauvage
Dans le soleil levant ?

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Non, ce taxi, quelle charrette

" – Non, ce taxi, quelle charrette.
C'est sous les toits, votre entresol ?
Je t'aime… Oui c'est un tournesol…
Si tu savais comme il me traite :
Des claques voilà mes cadeaux !
Je croyais n'être jamais prête.
… Ça ? C'est moi. Laissez les rideaux. "
" – Le coeur vous est bien en dentelle. "
" – Mais il faut une heure " dit-elle
" Rien qu'à me lacer dans le dos. "

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Enfin, puisque c'est Sa demeure

– " Enfin, puisque c'est Sa demeure,
Le bon Dieu, où est-Y ? "
– " Chut, me dit-elle : Il est sorti,
On ne sait à quelle heure. "

" Et de nous tous le plus calé
Je dis : Sat

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Le temps d'Adonis

Dans la saison qu'Adonis fut blessé,
Mon caeur aussi de l'atteinte soudaine
D'un regard lancé.

Hors de l'abyme où le temps nous entraîne,
T'évoquerai-je, ô belle, en vain – ô vaines
Ombres, souvenirs.

Ah ! dans mes bras qui pleurais demi-nue,
Certe serais encore, à revenir,
Ah ! la bienvenue.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Un Jurançon 93

Un Jurançon 93
Aux couleurs du maïs,
Et ma mie, et l'air du pays :
Que mon coeur était aise.

Ah, les vignes de Jurançon,
Se sont-elles fanées,
Comme ont fait mes belles années,
Et mon bel échanson ?

Dessous les tonnelles fleuries
Ne reviendrez-vous point
A l'heure où Pau blanchit au loin
Par-delà les prairies ?

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Sur l'océan couleur de fer

Sur l'océan couleur de fer
Pleurait un choeur immense
Et ces longs cris dont la démence
Semble percer l'enfer.

Et pais la mort, et le silence
Montant comme un mur noir.
Parfois au loin se laissait voir
Un feu qui se balance.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Il pleuvait. Les tristes étoiles

Il pleuvait. Les tristes étoiles
Semblaient pleurer d'ennui.
Comme une épée, à la minuit,
Tu sautas hors des toiles.

– Minuit ! Trouverai-je une auto,
Par ce temps ? Et le pire,
C'est mon mari. Que va-t-il dire,
Lui qui rentre si tôt ?

– Et s'il vous voyait sans chemise,
Vous, toute sa moitié ?
– Ne jouez donc pas la pitié.
– Pourquoi ?… Doublons la mise.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Le coucou chante

Le coucou chante au bois qui dort.
L'aurore est rouge encore,
Et le vieux paon qu'Iris décore
Jette au loin son cri d'or.

Les colombes de ma cousine
Pleurent comme une enfant.
Le dindon roue en s'esclaffant :
Il court à la cuisine.