Paul-Jean TOULET (1867-1920) : C'était longtemps avant la guerre

Sur la banquette en moleskine
Du sombre corridor,
Aux flonflons d'Offenbach s'endort
Une blanche Arlequine.

… Zo' qui saute entre deux MMrs,
Nul falzar ne dérobe
Le double trésor sous sa robe
Qu'ont mûri d'autres cieux.

On soupe… on sort… Bauby pérore…
Dans ton regard couvert,
Faustine, rit un matin vert…
… Amour, divine aurore.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : C'était, dans les vapeurs du nard

C'était, dans les vapeurs du nard,
Un cri, des jeux infâmes,
Et ces yeux fatals qu'ont les femmes
Du cruel Fragonard.

Parfois, pour ranimer l'orgie,
Brillait un sang nouveau.
Bacchus, rose comme le veau,
Cuvait sa nostalgie.

Cet air des 'Brigands' l'attristait.
Il voulait qu'on s'en aille.
Une voix se tut. La canaille
Dansait, et sanglotait.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Géronte d'une autre Isabelle

Géronte d'une autre Isabelle,
A quoi t'occupes-tu
D'user un reste de vertu
Contre cette rebelle ?

La perfide se rit de toi,
Plus elle t'encourage.
Sa lèvre même est un outrage.
Viens, gagnons notre toit.

Temps est de fuir l'amour, Géronte,
Et son arc irrité.
L'amour, au déclin de l'été,
Ni la mer, ne s'affronte.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Iris, à son brillant mouchoir

Iris, à son brillant mouchoir,
De sept feux illumine
La molle averse qui chemine,
Harmonieuse à choir.

Ah, sur les roses de l'été,
Sois la mouvante robe,
Molle averse, qui me dérobe
Leur aride beauté.

Et vous, dont le rire joyeux
M'a caché tant d'alarmes,
Puissé-je voir enfin des larmes
Monter jusqu'à vos yeux.

Paul-Jean TOULET (1867-1920) : Longtemps si j'ai demeuré seul

Longtemps si j'ai demeuré seul,
Ah ! qu'une nuit je te revoie.
Perce l'oubli, fille de joie,
Sors du linceul.

D'une figure trop aimée,
Est-ce toi, spectre gracieux,
Et ton éclat, cette fumée
Devant mes yeux ?

Ta pâleur, tes sombres dentelles,
Le bal qui berçait nos pieds las,
Un corps qui plie entre mes bras :
Je me rappelle…