Archives par mot-clé : Marc de PAPILLON DE LASPHRISE

Si les pleurs douloureux, si les tristes complaintes,
Si les mortels sanglots, si les regrets cuisants,
Si les fières fiertés, si les ennuis nuisants,
Si les funestes cris, si les rigueurs non feintes,

Si les maux outrageux, si les dures atteintes,
Si les noires fureurs, si les gémissements,
Si les soupirs profonds, si les âpres tourments,
Si les afflictions, si les ardeurs contraintes,

Si la sainte raison, si la douce amitié,
Si l'honneur désireux doit mouvoir à pitié,
Vous devez (il est temps) de m'être favorable.

Par vous à tous moments je meurs tout insensé,
Trois fois maudit Amour, méchant, qui eût pensé
Que ta puissance eût pu me rendre misérable ?

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Avant que d'adorer le ciel de vos beautés,
D'un clin d'oeil triplement j'aperçus d'aventure
Votre visage, Amour, chef-d'oeuvre de Nature,
Par qui je souffre, hélas, tant d'âpres cruautés !

Vous teniez ce cristal, miroir des déités,
Qui me représenta votre sainte figure,
Et ce riche portrait, riche de la peinture
Des braves traits naïfs de vos divinités.

Si j'ai donc vu d'un coup diverse votre face,
Que peut ore espérer mon coeur qui vous pourchasse ?
Ha ! je crains que ce teint ne soit gorgonien !

Mais s'il faut que ma mort procède de ma vue,
Un nouvel Actéon je me désire bien :
Il n'est rien de si beau comme une beauté nue.

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Que ne suis-je échangé en précieuse pluie,
J'assoupirai Éole en sa prison soufflant !
Que ne suis-je changé en aigle haut volant
Pour te faire compagne à la grande Asterie !

Que ne suis-je échangé en babillarde pie
Pour t'aller saluer ores en gaudissant !
Que ne suis-je échangé en taureau blanchissant
Pour paître bienheureux en ta belle prairie !

Mais que n'ai-je le charme au valeureux Jason
Pour gagner glorieux ta plus riche toison,
Car tu es l'ornement du troupeau mieux voulu,

J'en crois les saints bergers, le prophète Anagramme
Dit encor que toi seule ORNE CE PRÉ ELLEU
Que L'OR LÈVE EN CE PRÉ pour l'amour de ma dame.

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Je penserai plutôt la mer non variable,
Le beau printemps sans fleurs, le mois d'août sans moissons,
Le froidureux hiver sans neige, sans glaçons,
Et le pauvre idiot avisément croyable.

Je penserai plutôt le bonheur abhorrable,
L'automne sans fruitage, et sans nulles boissons,
Le monde sans envie, et la mer sans poissons,
Que je pensasse en rien son dire véritable.

Jamais plus faussement nul ne fut accusé,
Ni l'honneur de Suzanne à grand tort méprisé.
Ha ! langue serpentine envers tous venimeuse !

Punis, mon Dieu, punis ce menteur inconstant,
Brise, accable son chef de ton foudre éclatant,
Pour apprendre à blâmer la beauté vertueuse.

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Ton poil, ton oeil, ta main, crêpé, astré, polie,
Si blond, si bluettant, si blanche, alme beauté,
Noue, ard, touche mes ans, mes sens, ma liberté,
Les plus chers, les plus prompts, la plus parfaite amie.

Mais ce noeud, mais ce feu, mais ce trait gâte-vie,
Qui m'enlace, m'enflamme, et me navre arrêté,
Étreint, encendre, occis, avecque cruauté,
Quel cheveu, quel flambeau, quelle dextre ennemie ?

Phébus, Cypris, l'Aurore, ange du plaisant jour,
Ton poète, ta mère, et ta cousine amour,
Porte-crins, porte-rais, porte-doigts agréables,

Puisses-tu donc, beau poil, bel oeil, et belle main,
Lier, brûler, blesser, mon coeur, mon corps, mon sein,
De cordelles, d'ardeurs, de plaies amiables.

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Un jour le Ciel était superbement ému,
Quand l'odorante Flore étale sa richesse :
Moi – comme bon Chrétien – m'en allé à la Messe
Proposant d'amortir l'audace de mon feu :

Mais que m'en advint-il ? pardonne-moi, ô Dieu !
J'ai changé ton image en ma belle Maîtresse,
Et encore, ô malheur ! si grande était la presse,
Qu'on me vit pris d'Amour qui commande en tout lieu.

Adoncques j'entendis au milieu de l'Eglise
Une sourde rumeur du malheureux Lasphrise,
L'un le disait méchant, l'autre plus avisé

Remontrait qu'on ne peut surmonter l'indomptable,
Qu'Amour, enfant du Ciel, veut être plus prisé,
Qu'on doit donc l'accuser, non l'Amant misérable.

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Si l'amour ne paraît à mes désirs constant,
Il n'en faut s'étonner. Le monde est variable,
Toute chose ici-bas est mouvante et muable,
Tout se change et rechange en un même instant.

Il n'est rien qui ne soit gouverné par le vent.
Le seul vent nous dispose, et au lit nous accable ;
Du vent nous recevons le beau temps désirable,
Et la fâcheuse pluie encores plus souvent.

Si doncques le vent prompt nous régit à toute heure,
Si l'on a toujours l'oeil sur sa frêle demeure,
Comme ayant biens et maux par sa légèreté

(Qui ne vient aux humains comme elle est demandée),
C'est donc folie, amis, d'espérer fermeté,
Puisque notre espérance est sur un vent fondée.

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Pourquoi négliges-tu l'extrême affection
Dont je te veux servir, ma gente Théophile ?
Tu m'amènes la loi, qui est toute mobile,
Étant sujette aux rois, divers d'opinion.

Je ne trouve au couvent nulle religion :
Sans l'effet apparent la voix est inutile.
La royale Amilly si belle, si subtile,
S'abuse comme toi en la dévotion.

La vie sans plaisir est une mort hideuse,
L'aise que tu reçois d'être religieuse,
C'est chanter – quel soulas ! – jour et nuit en latin,

Bien qu'en psalmodiant ton âme s'éjouisse.
Mais ton honneur mignon, ta bouche, et ton tétin
Ont malgré les saints voeux besoin d'autre délice !

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S'habiller bravement, s'ombrer de fards menteurs,
D'un mauvais mot nous feindre une éloquence,
Apprendre à bégayer, n'aller qu'à révérence,
Et n'être aucunement sans servants serviteurs,

Recevoir le poulet, le plumer par humeurs,
Porter un éventail qui sert de contenance,
Avoir plus d'appareil que de vraie contenance,
Et hiéroglyphiquer en bizarres couleurs,

Naviguer à tous vents, adorer la fortune,
Faire bien les yeux doux, faire toujours la jeune,
Babiller, brocarder, médire nuit et jour,

Se mirer à toute heure haussant la chevelure,
Mettre en parlant d'amour des pièces sans couture,
Ce sont les actions des Dames de la Cour.

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Je l'oeilladais mi-nue, échevelée,
Par un pertuis dérobé finement,
Mon coeur battait d'un tel débattement
Qu'on m'eût jugé comme en peur déréglée.

Or' j'étais plein d'une ardeur enflammée,
Ore de glace en ce frissonnement.
Je fus ravi d'un doux contentement,
Tant que ma vie en fut toute pâmée.

Là follâtrait le beau soleil joyeux,
Avec un vent, zéphyre gracieux,
Parmi l'or blond de sa tresse ondoyante,

Qui haut volante ombrageait ses genoux.
Que de beautés ! mais le destin jaloux
Ne me permit de voir ma chère attente.

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