Archives par mot-clé : Jean MORÉAS

La feuille des forêts
Qui tourne dans la bise
Là-bas, par les guérets,
La feuille des forêts
Qui tourne dans la bise,
Va-t-elle revenir
Verdir – la même tige ?

L'eau claire des ruisseaux
Qui passe claire et vive
A l'ombre des berceaux,
L'eau claire des ruisseaux
Qui passe claire et vive,
Va-t-elle retourner
Baigner – la même rive ?

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Tantôt semblable à l'onde et tantôt monstre ou tel
L'infatigable feu, ce vieux pasteur étrange
(ainsi que nous l'apprend un ouvrage immortel)
Se muait. Comme lui, plus qu'à mon tour, je change.

Car je hais avant tout le stupide indiscret,
Car le seul juste point est un jeu de balance,
Qu'enfin dans mon esprit je conserve un secret
Qui remplirait d'effroi l'humaine nonchalance.

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Il est doux d'écouter le roseau qui soupire
Avec d'autres roseaux dans un riant vallon :
Un front pensif se courbe à ces accords que tire
Des chênes assemblés le rapide aquilon.

Mais, qu'auprès de la voix de l'arbre solitaire,
Les roseaux, la chênaie exhalent un vain bruit,
Quand sur la triste plaine où descend le mystère,
Elle lamente au vent qui précède la nuit !

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Ô ciel aérien inondé de lumière,
Des golfes de là-bas cercle brillant et pur,
Immobile fumée au toit de la chaumière,
Noirs cyprès découpés sur un rideau d'azur ;

Oliviers du Céphise, harmonieux feuillages
Que l'esprit de Sophocle agite avec le vent ;
Temples, marbres brisés, qui, malgré tant d'outrages,
Seuls gardez dans vos trous tout l'avenir levant ;

Parnès, Hymette fier qui, repoussant les ombres,
Retiens encor le jour sur tes flancs enflammés ;
Monts, arbres, horizons, beaux rivages, décombres,
Quand je vous ai revus, je vous ai bien aimés.

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Adieu, la vapeur siffle, on active le feu ;
Dans la nuit le train passe ou c'est l'ancre qu'on lève ;
Qu'importe ! on vient, on part ; le flot soupire : adieu !
Qu'il arrive du large ou qu'il quitte la grève.

Les roses vont éclore, et nous les cueillerons ;
Les feuilles du jardin vont tomber une à une.
Adieu ! quand nous naissons, adieu ! quand nous mourons
Et comme le bonheur s'envole l'infortune.

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Autrefois je tirais de mes flûtes légères
Des fredons variés qui plaisaient aux bergères
Et rendaient attentifs celui qui dans la mer
Jette ses lourds filets et celui qui en l'air
Dresse un piège invisible et ceux qui d'aiguillons
Poussent parmi les champs les boeufs creuse-sillons.
Priape même, alors, sur le seuil d'un verger,
En bois dur figuré, semblait m'encourager.
Ma flûte ne sait plus, hélas ! me réjouir,
Mon coeur est travaillé de crainte et de désir.

Adieu, roseaux amis que savait pertuiser,
Pour être les premiers, ma main ! je veux creuser
La tige du lotus ; s'il est vrai que sa fleur,
En apaisant la faim, apaise la douleur
Et fait à l'homme errant sur Neptune écumeux
Oublier sa patrie et ses antiques dieux ;
Lorsque j'y soufflerai, avecque mon haleine
Peut-être envolera ma peine.

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Oisillon bleu couleur-du-temps,
Tes chants, tes chants
Dorlotent doucement les coeurs
Meurtris par les destins moqueurs.

Oisillon bleu couleur-du-temps,
Tes chants, tes chants
Donnent de nouvelles vigueurs
Aux corps minés par les langueurs.

Oisillon bleu couleur-du-temps,
Tes chants, tes chants
Font revivre les espoirs morts
Et terrassent les vieux remords.

Oisillon bleu couleur-du-temps,
Je t'ai cherché longtemps, longtemps,
Par mont, par val et par ravin
En vain, en vain !

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Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles
Et le vulgaire ennui de l'affreuse cité,
Me reconnaître enfin, dans les bois, frais asiles,
Et sur les calmes bords d'un lac plein de clarté ?

Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages,
Mer, de mes premiers jours berceau délicieux ;
J'écouterai gémir tes mouettes sauvages,
L'écume de tes flots rafraîchira mes yeux.

Ah, le précoce hiver a-t-il rien qui m'étonne ?
Tous les présents d'avril, je les ai dissipés,
Et je n'ai pas cueilli la grappe de l'automne,
Et mes riches épis, d'autres les ont coupés.

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Je vous revois toujours, immobiles cyprès,
Dans la lumière dure,
Découpés sur l'azur, au bord des flots, auprès
D'une blanche clôture :

Je garde aussi les morts ; elle a votre couleur,
Mon âme, sombre abîme.
Mais je m'élance hors la Parque et le malheur,
Pareil à votre cime.

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Ai-je sucé les sucs d'innomés magistères
Quel succube au pied bot m'a-t-il donc envoûté ?
Oh ! ne l'être plus, oh ! ne l'avoir pas été !
Suc maléfique, ô magistères délétères !

Point d'holocauste offert sur les autels des Tyrs,
Point d'âpres cauchemars, d'affres épileptiques !
Seuls les rêves pareils aux ciels clairs des triptyques,
Seuls les désirs nimbés du halo des martyrs !

Qui me rendra jamais l'Hermine primitive,
Et le Lys virginal, et la sainte Forêt
Où, dans le chant des luths, Viviane apparaît
Versant les philtres de sa lèvre fugitive !

Hélas ! hélas ! au fond de l'Érèbe épaissi,
J'entends râler mon coeur criblé comme une cible.
– Viendra-t-on te briser, sortilège invincible ? –
Hâte-toi, hâte-toi, bon Devin, car voici

Que l'Automne se met à secouer les Roses,
Et que les joueurs rieurs s'effacent au lointain ;
Et qu'il va s'éteignant le suave Matin :
– Et demain, c'est trop tard pour les Métamorphoses !

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