D'Amour d'Amour je fu je fu blessé,
Et de mon sang la liqueur goute a goute
En chaudes pleurs hors ma playe degoute,
Qui de couler puis le temps n'a cessé.

Je suis d'Amour si bien interessé.
Que peu a peu s'enfuit ma force toute,
Et quelque onguent qu'a ma playe je boute
Sans l'etancher, mon mal ne m'a laissé.

En tel estat ma blessure decline,
Que Machaon de nul just de racine,
N'en pourroyt pas amortir la poyson.

Mais pour guarir, Telephe je devienne,
Toy faite Achil, douce meurtriere mienne,
Qui me navras, donne moy guarison.

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Prete l'oreille à ma complainte, Seigneur Dieu :
Veuilles entendre le murmure de ma pensée.
Ma clameur ois, comme mon Roi, comme mon Dieu. Si te prierai.

De matin doncques ma voix, Sire, tu orras :
De matin doncques j'appretrai mon oraison
Toute vers toi, d'où regardant ma délivrance j'attendrais :

Si tu es Dieu à qui forfait ne plaira point :
Si la malfaiture chez toi ne se tient pas :
Si de tes yeux au devant point ne vïendront les étourdis :

Car en horreur tu les as-pris les abhorrant
Tous les ouvriers de vaine erreur : et détruiras
Les avanceurs de la mensonge qui menteurs bavent en vain.

Le détestant le Seigneur hait l'homme maudit,
Qui le sang cherche, et de trahison le métier fait.
Je me fie moi comme assuré de la grandeur de ta bonté :

M'en assurant à ta maison j'irai entrer :
De ce lieu saint t'adorant Dieu révéremment,
Et de ta crainte tout outré, les honneurs dûs je te rendrai.

De ta droiture, Seigneur Dieu, guide mes pas,
Que ne sois mis à la merci de mon haineux :
Et devant moi dresse toujours le chemin saint de ta bonté.

Nulle justice de sa bouche ne sourdra :
Le dedans d'eux, déloyautés : et le gosier,
Une ouverture de tombeau : et de leur langue flatteurs sont.

Désolés soient, saccagés soient : et Seigneur Dieu
Toute l'emprise qu'ils ont faite, défais-la.
Jette les entre le grand nombre de leurs fraudes et forfaits.

Jette-les, eux qui se sont pris à ta grandeur :
Et que tous ceux qui dévots espèrent en toi,
Réjouïs soient. Ils feront fête à jamais quand les abrîras.

Qui ta grandeur aiment, en toi se recréeront :
A l'homme entier ta faveur, Sire, tu donneras :
Et le bouclier de ta bonté le couvrant tout, le défendra.

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Tu me desplais, quoy que belle tu soys,
Tu me desplais, croy moy, je le confesse,
Et, bien qu'a moy tu desplaises, sans cesse
Je suy contreint ton amour toutesfoys.

Ton doulx regard, ta plus qu'humaine voix,
Ton port divin, tes graces, ma Deesse,
Me font t'aimer, mais ceste amour me laisse
Par la fierté, dont meurdrir tu me doys.

Ainsi le dieu, qui mon ame martire,
En ton amour, or me chasse, or m'attire,
Monstrant rigueur, et parfaite beaulté :

L'une m'enflame, et l'autre me rend glace,
Ainsi à toy m'atrait la bonne grace,
Tost m'en deboute une grand' cruaulté.

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Helas, si tu me vois constant en inconstance
Et changer de propos et muer de visage,
Comme le flot d'amour me reculle ou m'avance ;

Helas, si tu me vois varier d'heure en heure,
De moment en moment entre raison et rage,
Sans qu'un rien en un point un mesme je demeure :

Tu dis que je te mets en doutte, ma Francine,
Par ce qui te devroit donner plus d'asseurance
Du feu chaud de l'amour, qui boust dans ma poitrine.

Las, tu vois bien assez ce qui me fait volage :
Et qui a vu la nef en certaine constance
Çà là ne chanceler au milieu d'un orage ?

Et du cruel amour tant de tempestes troublent
Mon esprit forcené, que la raison peu caute
Son timon abandonne aux flots, qui se redoublent.

Ainsi Francine, ainsi tout par tout variable
Sinon en ton amour à faire quelque faute,
Je me montre en ma foy fermement immuable.

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Metz moy au bord d'ou le soleil se léve,
Ou pres de l'onde ou sa flamme s'esteint,
Metz moy aux lieux que son rayon n'ateint,
Ou sur le sable ou sa torche est trop gréve.

Metz moy en joye ou douleur longue ou breve,
Liberté franche, ou servage contreint,
Mets moy au large, ou en prison retreint.
En asseurance ou doute, guerre ou trêve.

Metz moy aux piedz ou bien sur les sometz
Des plus hautz montz, Ô Meline, et me metz
En ombre triste, ou en gaye lumiere,

Metz moy au ciel, dessous terre metz moy,
Je seray mesme, et ma derniere foy
Sera sans fin egalle a ma premiere.

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D'un chapeau qui fleuronne
La rose on ne couronne,
Tes atours en ce point
Ne te reparent point :
Mais ce sont les parures
De tes belles vetures
Les luysantes beautez
En toy de tous costez :
Les pierres precieuses,
Les robes somptueuses,
En tes acoustrements
Perdent leurs ornements.
Aucun coral n'aprouche
Du naïf de ta bouche,
Couvrant sous sa fraicheur
De tes dents la blancheur.
Prés tes dents compassées,
Les perles amassées
Sur le bord Indien
On ne priseroit rien.
De tes claires prunelles
Les flâmettes jumelles
Obscurcissent l'éclat,
Qui sous elles s'abat,
Des emeraudes fines.
Tes onglettes rosines
Eblouissent le teint
De l'onyce deteint.

Est-ce donques merveille,
Si sa bouche vermeille,
Ains Ceste de Cypris,
M'a tellement surpris ?
Et si ces gemmes rares
Peurent mes yeux avares
Et mon ame saisir
D'un honneste desir
De m'en faire un jour riche,
Si sa grace non chiche
Fait l'amoureuse mer
Sous mes rames calmer ?
Est-il qui s'ébaïsse,
S'une telle avarice
Me fit voguer soudain
Vers un si riche gain ?

La nef Portugaloise
Et la Normande voise
Sous le lit jaunissant
Où l'Aube, eclersissant
Nostre demeure sombre
De la nuit et de l'ombre,
Abandonne endormy
Son ja vieillard amy.
Jusque aux bouts de la terre
Un autre aille, et là serre
Les joyaux étrangers
Achettez par dangers
De perilleux orages.
Aux plus lointains rivages
Du gemmeux oriant,
Un autre aille triant,
Par les greves pierreuses,
Les pierres precieuses :
Moy, tant que je vivray
Icy je poursuivray
Mon heureuse fortune,
Nageant en l'amour d'une,
Qui, riche de joyaux
Plus riches et plus beaux,
Apauvrist les rivages
Des Indiens sauvages.

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Ces yeux ces yeux, doux larrons de mon ame,
M'ont eblouy de leur belle splendeur,
Astres fataux qui de malheur ou d'heur
Me vont comblant au plaisir de madame.

Au cueur d'hiver un printemps l'air embame
Ou que tournez ilz fichent leur ardeur,
Et quelque part qu'ilz baissent leur grandeur
Fleurit un pré mieux odorant que bame.

Les chastes feuz de ces freres jumeaux
Me retirant du naufrage des eaux
Par leur clarté de sauveté m'asseurent :

En leur saint feu mon vivre est allumé,
Mon vivre, las, qui sera consumé,
Quand leur destin arrestera qu'ilz meurent.

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Quiconque fit d'Amour la pourtraiture,
De cet Enfant le patron ou prit il,
Sur qui tant bien il guida son outil
Pour en tirer au vray ceste peinture ?

Certe il sçavoyt l'effet de sa pointure,
Le garnissant d'un arc non inutil :
Bandant ses yeulx de son pinceau subtil,
Il demonstroit nostre aveugle nature.

Tel qu'en ton coeur, ô peintre, tu l'avoys,
Tel qu'il te fut, tel que tu le sçavoys,
Telle tu as peinte au vif son image.

A ton amour du tout semble le mien,
Fors que volage et leger fut le tien,
Le mien pesant a perdu son plumage.

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L'Amour qui me tourmente
Je trouve si plaisant
Que tant plus il s'augmente
Moins j'en veux estre exemt :
Bien que jamais le somme
Ne me ferme les yeux,
Plus amour me consomme
Moins il m'est ennuyeux.

Toute la nuit je veille
Sans cligner au sommeil,
Remembrant la merveille
Qui me tient en éveil,
Me representant celle
Que je voy tout le jour,
De qui l'image belle
Travaille mon sejour.

Toute nuit son image
Se montre devant moy :
Le trait de son visage
Tout tel qu'il est je voy :
Je voy sa belle bouche,
Et je voy son beau sein,
Ses beaux tetins je touche,
Et je baise sa main.

Le jour si ma Maistresse
Favorable m'a ris,
Il faut que j'en repesse
Toute nuit mes espris.
Si d'une oeillade gaye
Elle m'a fait faveur,
La nuit sa douce playe
Me chatouille le coeur.

S'elle égaye la place
De son bal gracieux,
Toute la nuit sa grace
Recourt devant mes yeux :
Si en douce merveille
J'ay ouy sa chanson,
Toute nuit en l'oreille
J'en regoute le son.

O heureuse ma vie
De jouïr d'un tel heur !
Non, non, je n'ay envie
D'avoir d'un dieu l'honneur,
Puis qu'à souhet je passe
Et la nuit et le jour,
Recueillant tant de grace
Du tourment de l'amour.

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Quand je te vis entre un millier de Dames,
L'elite et fleur des nobles, et plus belles,
Ta resplendeur telle estoyt parmy elles,
Quelle est Venus sur les celestes flames.

Amour adonq' se vangea de mille ames
Qui luy avoyent jadis esté rebelles,
Telles tes yeux eurent leurs estincelles
Par qui les cueurs d'un chacun tu enflames.

Phebus, jaloux de ta lumiere sainte,
Couvrit le ciel d'un tenebreux nuage,
Mais l'air, maugré sa clarté toute estainte,

Fut plus serain autour de ton visage.
Adonq' le dieu d'une rage contreinte
Versa de pleurs un large marescage.

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