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Voyant ma Caliste si belle,
Que l'on n'y peut rien désirer,
Je ne me pouvais figurer
Que ce fût chose naturelle.

J'ignorais que ce pouvait être
Qui lui colorait ce beau teint,
Où l'Aurore même n'atteint
Quand elle commence de naître.

Mais, Fleurance, ton docte écrit
M'ayant fait voir qu'un bel esprit
Est la cause d'un beau visage :

Ce ne m'est plus de nouveauté,
Puisqu'elle est parfaitement sage,
Qu'elle soit parfaite en beauté.

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N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ;
Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde
Que toujours quelque vent empêche de calmer.
Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre ;
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
A souffrir des mépris et ployer les genoux.
Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont comme nous sommes,
Véritablement hommes,
Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière
Que cette majesté si pompeuse et si fière
Dont l'éclat orgueilleux étonne l'univers ;
Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautaines
Font encore les vaines,
Ils sont mangés des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre,
D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ;
Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ;
Et tombent avec eux d'une chute commune
Tous ceux que leur fortune
Faisait leurs serviteurs.

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Et quoi donc ? la France féconde
En incomparables guerriers,
Aura jusqu'aux deux bouts du monde
Planté des forêts de lauriers,
Et fait gagner à ses armées
Des batailles si renommées,
Afin d'avoir cette douleur
D'ouïr démentir ses victoires,
Et nier ce que les histoires
Ont publié de sa valeur ?

Tant de fois le Rhin et la Meuse,
Par nos redoutables efforts
Auront vu leur onde écumeuse
Regorger de sang et de morts ;
Et tant de fois nos destinées
Des Alpes et des Pyrénées
Les sommets auront fait branler,
Afin que je ne sais quels Scythes,
Bas de fortune et de mérites,
Présument de nous égaler ?

Non, non, s'il est vrai que nous sommes
Issus de ces nobles aïeux,
Que la voix commune des hommes
A fait asseoir entre les dieux ;
Ces arrogants, à leur dommage,
Apprendront un autre langage ;
Et dans leur honte ensevelis
Feront voir à toute la terre,
Qu'on est brisé comme du verre
Quand on choque les fleurs de lis.

Henri, l'exemple des monarques,
Les plus vaillants et les meilleurs,
Plein de mérites et de marques,
Qui jamais ne furent ailleurs ;
Bel astre vraiment adorable,
De qui l'ascendant favorable
En tous lieux nous sert de rempart,
Si vous aimez votre louange,
Désirez-vous pas qu'on la venge
D'une injure où vous avez part ?

Ces arrogants, qui se défient
De n'avoir pas de lustre assez,
Impudemment se glorifient
Aux fables des siècles passés ;
Et d'une audace ridicule,
Nous content qu'ils sont fils d'Hercule,
Sans toutefois en faire foi ;
Mais qu'importe-t-il qui puisse être
Ni leur père ni leur ancêtre,
Puisque vous êtes notre Roi ?

Contre l'aventure funeste
Que leur garde notre courroux,
Si quelque espérance leur reste,
C'est d'obtenir grâce de vous ;
Et confesser que nos épées,
Si fortes et si bien trempées
Qu'il faut leur céder, ou mourir,
Donneront à votre couronne
Tout ce que le Ciel environne,
Quand vous le voudrez acquérir.

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Chère beauté que mon âme ravie
Comme son pôle va regardant,
Quel astre d'ire et d'envie
Quand vous naissiez marquait votre ascendant,
Que votre courage endurci,
Plus je le supplie moins ait de merci ?

En tous climats, voire au fond de la Thrace,
Après les neiges et les glaçons
Le beau temps reprend sa place :
Et les étés mûrissent les moissons :
Chaque saison y fait son cours :
En vous seule on treuve qu'il gèle toujours.

J'ai beau me plaindre, et vous conter mes peines
Avec prières d'y compatir :
J'ai beau m'épuiser les veines,
Et tout mon sang en larmes convertir :
Un mal au-deçà du trépas,
Tant soit-il extrême ne vous émeut pas.

Je sais que c'est : vous êtes offensée,
Comme d'un crime hors de raison,
Que mon ardeur insensée
En trop haut lieu borne sa guérison,
Et voudriez bien pour la finir
M'ôter l'espérance de rien obtenir.

Vous vous trompez, c'est aux faibles courages
Qui toujours portent la peur au sein
De succomber aux orages,
Et se lasser d'un pénible dessein :
De moi, plus je suis combattu
Plus ma résistance montre sa vertu.

Loin de mon front soient ces palmes communes
Où tout le monde peut aspirer :
Loin les vulgaires fortunes
Où ce n'est qu'un jouir et désirer :
Mon goût cherche l'empêchement
Quand j'aime sans peine j'aime lâchement.

Je connais bien que dans ce labyrinthe
Le Ciel injuste m'a réservé
Tout le fiel et tout l'absinthe
Dont un amant fut jamais abreuvé :
Mais je ne m'étonne de rien :
Je suis à Rodante je veux mourir sien.

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Beauté de qui la grâce étonne la nature,
Il faut donc que je cède à l'injure du sort,
Que je vous abandonne, et loin de votre port
M'en aille au gré du vent suivre mon aventure.

Il n'est ennui si grand que celui que j'endure :
Et la seule raison qui m'empêche la mort,
C'est le doute que j'ai que ce dernier effort
Ne fût mal employé pour une âme si dure.

Caliste, où pensez-vous ? qu'avez-vous entrepris ?
Vous résoudrez-vous point à borner ce mépris,
Qui de ma patience indignement se joue ?

Mais, ô de mon erreur l'étrange nouveauté,
Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue
Que je dois mon salut à votre cruauté.

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Ainsi quand Mausole fut mort
Artémise accusa le sort :
De pleurs se noya le visage :
Et dit aux astres innocents
Tout ce que fait dire la rage,
Quand elle est maîtresse des sens.

Ainsi fut sourde au réconfort,
Quand elle eut trouvé dans le port
La perte qu'elle avait songée,
Celle de qui les passions
Firent voir à la mer Egée
Le premier nid des Alcyons.

Vous n'êtes seule en ce tourment
Qui témoignez du sentiment,
O trop fidèle Caritée :
En toutes âmes l'amitié
De mêmes ennuis agitée
Fait les mêmes traits de pitié.

De combien de jeunes maris
En la querelle de Pâris
Tomba la vie entre les armes,
Qui fussent retournés un jour,
Si la mort se payait de larmes,
A Mycènes faire l'amour.

Mais le destin qui fait nos lois,
Est jaloux qu'on passe deux fois
Au-deçà du rivage blême :
Et les dieux ont gardé ce don
Si rare, que Jupiter même
Ne le sut faire à Sarpedon.

Pourquoi donc si peu sagement
Démentant votre jugement
Passez-vous en cette amertume,
Le meilleur de votre saison,
Aimant mieux plaindre par coutume
Que vous consoler par raison ?

Nature fait bien quelque effort,
Qu'on ne peut condamner qu'à tort,
Mais que direz-vous pour défendre
Ce prodige de cruauté,
Par qui vous semblez entreprendre
De ruiner votre beauté ?

Que vous ont fait ces beaux cheveux,
Dignes objets de tant de voeux,
Pour endurer votre colère ?
Et devenus vos ennemis
Recevoir l'injuste salaire
D'un crime qu'ils n'ont point commis ?

Quelles aimables qualités
En celui que vous regrettez,
Ont pu mériter qu'à vos roses
Vous ôtiez leur vive couleur,
Et livriez de si belles choses
A la merci de la douleur ?

Remettez-vous l'âme en repos,
Changez ces funestes propos :
Et par la fin de vos tempêtes,
Obligeant tous les beaux esprits,
Conservez au siècle où vous êtes,
Ce que vous lui donnez de prix.

Amour autrefois en vos yeux
Plein d'appas si délicieux,
Devient mélancolique et sombre,
Quand il voit qu'un si long ennui,
Vous fait consumer pour un ombre,
Ce que vous n'avez que pour lui.

S'il vous ressouvient du pouvoir
Que ses traits vous ont fait avoir,
Quand vos lumières étaient calmes,
Permettez-lui de vous guérir
Et ne différez point les palmes,
Qu'il brûle de vous acquérir.

Le temps d'un insensible cours
Nous porte à la fin de nos jours :
C'est à notre sage conduite,
Sans murmurer de ce défaut,
De nous consoler de sa fuite
En le ménageant comme il faut.

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Quoi donc, ma lâcheté sera si criminelle ?
Et les voeux que j'ai faits pourront si peu sur moi,
Que je quitte Madame, et démente la foi
Dont je lui promettais une amour éternelle ?

Que ferons-nous, mon coeur, avec quelle science,
Vaincrons-nous les malheurs qui nous sont préparés ?
Courrons-nous le hasard comme désespérés ?
Ou nous résoudrons-nous à prendre patience ?

Non, non, quelques assauts que me donne l'envie
Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir,
Je ne céderai point, que de même pouvoir
Dont on m'ôte Madame, on ne m'ôte la vie.

Bien sera-ce à jamais renoncer à la joie,
D'être sans la beauté dont l'objet m'est si doux
Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux
Avecque le penser mon âme ne la voie ?

Le temps qui toujours vole, et sous qui tout succombe
Fléchira cependant l'injustice du sort,
Ou d'un pas insensible avancera la mort,
Qui bornera ma peine au repos de la tombe.

La fortune en tous lieux, à l'homme est dangereuse ;
Quelque chemin qu'il tienne il trouve des combats ;
Mais des conditions où l'on vit ici-bas,
Certes celle d'aimer est la plus malheureuse.

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Quelques louanges nonpareiIles
Qu'ait Apelle encor aujourd'hui,
Cet ouvrage plein de merveilles
Met Rabel au-dessus de lui.

L'art y surmonte la nature,
Et si mon jugement n'est vain,
Flore lui conduisait la main
Quand il faisait cette peinture.

Certes il a privé mes yeux
De l'objet qu'ils aiment le mieux,
N'y mettant point de marguerite

Mais pouvait-il être ignorant
Qu'une fleur de tant de mérite
Aurait terni le demeurant.

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Dure contrainte de partir,
A quoi je ne puis consentir,
Et dont je ne m'ose défendre,
Que ta rigueur a de pouvoir ?
Et que tu me fais bien apprendre
Quel tyran C'est que le devoir ?

J'aurai donc nommé ces beaux yeux
Tant de fois mes rois et mes dieux ?
Pour aujourd'hui n'en tenir compte,
Et permettre qu'à l'avenir
On leur impute cette honte
De n'avoir su me retenir ?

Ils auront donc ce déplaisir,
Que je meure après un désir,
Où la vanité me convie :
Et qu'ayant juré si souvent
D'être auprès d'eux toute ma vie,
Mes serments s'en aillent au vent ?

Vraiment je puis bien avouer
Que j'avais tort de me louer
Par-dessus le reste des hommes :
Je n'ai point d'autre qualité
Que celle du siècle où nous sommes,
La fraude, et l'infidélité.

Mais à quoi tendent ces discours,
O beauté qui de mes amours
Etes le port, et le naufrage ?
Ce que je dis contre ma foi,
N'est-ce pas un vrai témoignage
Que je suis déjà hors de moi ?

Votre esprit de qui la beauté,
Dans la plus sombre obscurité
Se fait une insensible voie,
Ne vous laisse pas ignorer
Que c'est le comble de ma joie
Que l'honneur de vous adorer.

Mais pourrais-je n'obéir pas
Au destin de qui le compas
Marque à chacun son aventure,
Puisqu'en leur propre adversité
Les dieux tout-puissants de Nature
Cèdent à la nécessité ?

Pour le moins j'ai ce réconfort,
Que les derniers traits de la mort
Sont peints en mon visage blême,
Et font voir assez clair à tous
Que c'est m'arracher à moi-même,
Que de me séparer de vous.

Un lâche espoir de revenir
Tâche en vain de m'entretenir :
Ce qu'il me propose m'irrite :
Et mes voeux n'auront point de lieu,
Si par le trépas je n'évite
La douleur de vous dire adieu.

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Tu vois, passant, la sépulture
D'un chef-d'oeuvre si précieux,
Qu'avoir mille rois pour aïeux
Fut le moins de son aventure.

L'experte main de la nature,
Et le soin propice des cieux,
Jamais ne s'accordèrent mieux
A former une créature.

On doute pourquoi les destins,
Au bout de quatorze matins,
De ce monde l'ont appelée.

Mais leur prétexte le plus beau,
C'est que la terre était brûlée
S'ils n'eussent tué ce flambeau.

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