Archives par mot-clé : Etienne de LA BOETIE

Pardon, Amour, Pardon : ô seigneur, je te voüe
Le reste de mes ans, ma voix et mes escris,
Mes sanglots, mes souspirs, mes larmes et mes cris :
Rien, rien tenir d'aucun que de toy, je n'advoüe.

Helas ! comment de moy ma fortune se joue !
De toy, n'a pas long temps, Amour, je me suis ris :
J'ay failly, je le voy, je me rends, je suis pris ;
J'ay trop gardé mon coeur ; or je le desadvoüe.

Si j'ay, pour le garder, retardé ta victoire,
Ne l'en traite plus mal : plus grande en est ta gloire ;
Et si du premier coup tu ne m'as abbattu,

Pense qu'un bon vainqueur, et n'ay pour estre grand,
Son nouveau prisonnier, quand un coup il se rend,
Il prise et l'ayme mieux, s'il a bien combatu.

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N'ayez plus, mes amis, n'ayez plus ceste envie
Que je cesse d'aimer ; laissés moi, obstiné,
Vivre et mourir ainsi, puisqu'il est ordonné :
Mon amour, c'est le fil auquel se tient ma vie.

Ainsi me dict la fee ; ainsi en Aeagrie,
Elle feit Meleagre à l'amour destiné,
Et alluma la souche à l'heure qu'il fust né,
Et dict : " Toy et ce feu, tenez vous compagnie. "

Elle le dict ainsi, et la fin ordonnee
Suyvit apres le fil de ceste destinee.
La souche (ce dict on) au feu fut consommee.

Et des lors (grand miracle), en un mesme momant,
On veid, tout à un coup, du miserable amant
La vie et le tison s'en aller en fumee.

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Ô qui a jamais veu une barquette telle,
Que celle où ma maistresse est conduitte sur l'eau ?
L'eau tremble, et s'esforçant sous se riche vaisseau,
Semble s'enorgueillir d'une charge si belle.

On diroit que la nuict à grands troupes appelle
Les estoiles, pour voir celle, dans le batteau,
Qui est de nostre temps un miracle nouveau,
Et que droit sur son chef tout le ciel estincelle.

Pour vray onc je ne vis une nuict estoillee
Si bien que celle nuict qu'elle s'en est allee :
Tous les astres y sont, qui content estonnez

Les biens qu'ils ont chascun à ma Dame donnez ;
Mais ils luisent plus clair, estans rouges de honte
D'en avoir tant donné qu'ils n'en sçachent le compte.

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Si ma raison en moy s'est peu remettre,
Si recouvrer asthure je me puis,
Si j'ay du sens, si plus homme je suis,
Je t'en mercie, ô bien heureuse lettre.

Qui m'eust (hélas), qui m'eust sceu recognoistre,
Lors qu'enragé, vaincu de mes ennuys,
En blasphemant, Madame je poursuis ?
De loing, honteux, je te vis lors paroistre,

Ô sainct papier ; alors je me revins,
Et devers toy devotement je vins :
Je te donrois un autel pour ce fait,

Qu'on vist les traictz de ceste main divine ;
Mais de les veoir aucun homme n'est digne,
Ny moi aussi, s'elle ne m'en eust faict.

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Quoy ? qu'est ce ? ô vans, ô nuës, ô l'orage !
A point nommé, quand moy d'elle aprochant,
Les bois, les monts, les baisses vois tranchant,
Sur moy, d'aguest, vous passez vostre rage.

Ores mon coeur s'embrase d'avantage.
Allez, allez faire peur au marchant
Qui dans la mer les thresors va cherchant :
Ce n'est ainsi qu'on m'abbat le courage.

Quand j'oy les ventz, leur tempeste et leurs cris,
De leur malice, en mon coeur, je me ris :
Me pensent ils pour cela faire rendre ?

Face le ciel du pire, et l'air aussi :
Je veus, je veus, et le declaire ainsi,
S'il faut mourir, mourir comme Leandre.

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Quand viendra ce jour là, que ton nom au vray passe
Par France dans mes vers ? combien et quantes fois
S'en empresse mon coeur, s'en demangent mes doits ?
Souvent dans mes escris de soy mesme il prend place.

Maulgré moy je t'escris, maulgré moy je t'efface.
Quand Astree viendroit, et la foy, et le droit,
Alors, joyeux, ton nom au monde se rendroit.
Ores, c'est à ce temps, que cacher il te face,

C'est à ce tempts maling une grande vergoigne.
Donc, Madame, tandis, tu seras ma Dourdouigne.
Toutesfois laisse moy, laisse moy ton nom mettre ;

Ayez pitié du temps : si au jour je te metz,
Si le temps te cognoist, lors je te le prometz,
Lors il sera doré, s'il le doit jamais estre.

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J'ay veu ses yeulx perçans, j'ay veu sa face claire ;
Nul jamais, sans son dam, ne regarde les Dieux :
Froit, sans coeur me laissa son oeil victorieux,
Tout estourdy du coup de sa forte lumiere :

Comme un surpris de nuict aux champs, quand il esclaire,
Estonné, se pallist si la fleche des cieulx,
Sifflant, luy passe contre et luy serre les yeulx ;
Il tremble, et veoit, transi, Jupiter en cholere.

Dy moy, Madame, au vray, dy moy, si tes yeulx verts
Ne sont pas ceulx qu'on dict que l'Amour tient couverts ?
Tu les avois, je croy, la fois que je t'ay veüe ;

Au moins il me souvient qu'il me feust lors advis
Qu'Amour, tout à un coup, quand premier je te vis,
Desbanda dessus moy et son arc et sa veüe.

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J'ay tant vescu, chetif, en ma langueur,
Qu'or j'ay veu rompre, et suis encor en vie.
Mon esperance avant mes yeulx ravie,
Contre l'escueil de sa fiere rigueur.

Que m'a servy de tant d'ans la longueur ?
Elle n'est pas de ma peine assouvie :
Elle s'en rit, et n'a point d'aultre envie
Que de tenir mon mal en sa vigueur.

Doncques j'auray, mal'heureux en aymant,
Tousjours un coeur, tousjours nouveau torment,
Je me sens bien que j'en suis hors d'alaine,

Prest à laisser la vie soubs le faix :
Qu'y feroit on, sinon ce que je fais ?
Piqué du mal, je m'obstine en ma peine.

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J'ay un Livre Thuscan, dont la tranche est garnie
Richement d'or battu de l'une et l'autre part ;
Le dessus reluit d'or ; et au dedans est l'art
Du comte Balthasar, de la Contisanie.

Où que je sois, ce livre est en ma compagnie.
Aussi c'est un present de celle qui depart
A tout ce qu'elle voit, à ce qui d'elle part,
Quelque part, quelque ray de sa grace infinie.

Ô Livre bienheureux, mon Maron, mon Horace,
Mon Homer, mon Pindar, ce semble, te font place.
Meshuy d'estre immortel tu te peus bien vanter ;

Elle fait cas de toy, c'est asseurance entiere.
A qui ne plairas tu, ayant peu contenter
Des Muses la dixieme et certes la premiere ?

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Quant à chanter ton los par fois je m'adventure,
Sans ozer ton grand nom dans mes vers exprimer,
Sondant le moins profond de ceste large mer,
Je tremble de m'y perdre, et aux rives m'assure ;

Je crains, en loüant mal, que je te face injure.
Mais le peuple, estonné d'ouir tant t'estimer,
Ardant de te cognoistre, essaie à te nommer,
Et, cerchant ton sainct nom ainsi à l'adventure,

Esblouï, n'attaint pas à veoir chose si claire ;
Et ne te trouve point, ce grossier populaire,
Qui n'ayant qu'un moyen, ne veoit pas celuy là :

C'est que s'il peut trier, la comparaison faicte,
Des parfaictes du monde, une la plus parfaicte,
Lors, s'il a voix, qu'il crie hardiment : " La voylà ! "

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