Quand tes yeux conquerans estonné je regarde,
J'y veoy dedans à clair tout mon espoir escript ;
J'y veoy dedans Amour luy mesme qui me rit,
Et m'y monstre, mignard, le bon heur qu'il me garde.

Mais, quand de te parler par fois je me hazarde
C'est lors que mon espoir desseiché se tarit ;
Et d'avouer jamais ton oeil, qui me nourrit,
D'un seul mot de faveur, cruelle, tu n'as garde.

Si tes yeux sont pour moy, or voy ce que je dis :
Ce sont ceux là, sans plus, à qui je me rendis.
Mon Dieu, quelle querelle en toi mesme se dresse,

Si ta bouche et tes yeux se veulent desmentir ?
Mieux vaut, mon doux tourment, mieux vaut les despartir,
Et que je prenne au mot de tes yeux la promesse.

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Au milieu des chaleurs de Juillet l'alteré,
Du nom de Marguerite une feste est chomee,
Une feste à bon droit de moy tant estimee :
Car de ce jour tout l'an ce me semble est paré.

Ce beau et riche nom, ce nom vrayment doré,
C'est le nom bienheureux dont ma Dame est nommée,
Le nom qui de son los charge la renommee,
Et qui, maugré les ans, de vivre est asseuré.

Ou l'encre et le papier en ma main faillira,
Ou ce nom en mes vers par tout le monde ira.
Il faut qu'elle se voye en cent cartes escripte.

Et qu'un jour nos nepveux, estonnez en tous temps,
Soit hyver, soit esté, sans faveur du printemps,
Voyent dans le papier fleurir la Marguerite.

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Helas ! combien de jours, helas ! combien de nuicts
J'ay vescu loing du lieu, où mon cueur fait demeure !
C'est le vingtiesme jour que sans jour je demeure,
Mais en vingt jours j'ay eu tout un siecle d'ennuis.

Je n'en veux mal qu'à moy, malheureux que je suis,
Si je souspire en vain, si maintenant j'en pleure ;
C'est que, mal advisé, je laissay, en mal'heure,
Celle la que laisser nulle part je ne puis.

J'ay honte que desja ma peau decoulouree
Se voit par mes ennuis de rides labouree :
J'ay honte que desja les douleurs inhumaines

Me blanchissent le poil sans le congé du temps.
Encor moindre je suis au compte de mes ans,
Et desja je suis vieux au compte de mes peines.

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Ce jourd'huy du Soleil la chaleur alteree
A jauny le long poil de la belle Ceres :
Ores il se retire ; et nous gaignons le frais,
Ma Marguerite et moy, de la douce seree,

Nous traçons dans les bois quelque voye esgaree :
Amour marche devant, et nous marchons apres.
Si le vert ne nous plaist des espesses forests,
Nous descendons pour voir la couleur de la pree ;

Nous vivons francs d'esmoy, et n'avons point soucy
Des Roys, ny de la cour, ny des villes aussi.
Ô Medoc, mon païs solitaire et sauvage,

Il n'est point de païs plus plaisant à mes yeux :
Tu es au bout du monde, et je t'en aime mieux ;
Nous sçavons apres tous les malheurs de nostre aage.

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Puis qu'ainsi sont mes dures destinees,
J'en saouleray, si je puis, mon soucy,
Si j'ay du mal, elle le veut aussi :
J'accompliray mes peines ordonnees.

Nymphes des bois, qui avez, estonnees,
De mes douleurs, je croy, quelque mercy,
Qu'en pensez-vous ? Puis-je durer ainsi,
Si à mes maux tresves ne sont donnees ?

Or si quelqu'une à m'escouter s'encline,
Oyés, et pour Dieu, ce qu'orez je devine :
Le jour est prez que mes forces jà vaines

Ne pourront plus fournir à mon tourment ;
C'est mon espoir ; si je meurs en aimant,
A donc, je croy, failliray je à mes peines.

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Maint homme qui m'entend, lors qu'ainsi je la vante,
N'ayant oncq rien pareil en nulle autre esprouvé,
Pense, ce que j'en dis, que je l'aye trouvé,
Et croit qu'à mon plaisir ces louanges j'invente.

Mais si rien de son los en sa faveur l'augmente,
Si de mentir pour elle il m'est oncq arrivé,
Je consens que je sois de son amour privé ;
Je consens, si je mens, que mon espoir me mente.

Qui ne m'en croit, la voyë : il aura lors creance
De plus que je n'en dis, d'autant comme j'en pense.
Aussi, pour dire vray, ce n'est pas là le doute,

Si je la loue plus qu'elle n'a merité,
Si je faulx en disant plus que la verité :
Le doute est si je faulx à ne la dire toute.

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Or, dis je bien, mon esperance est morte.
Or est ce faict de mon ayse et mon bien.
Mon mal est clair : maintenant je veoy bien,
J'ay espousé la douleur que je porte.

Tout me court sus, rien ne me reconforte,
Tout m'abandonne, et d'elle je n'ay rien,
Sinon tousjours quelque nouveau soustien,
Qui rend ma peine et ma douleur plus forte.

Ce que j'attends, c'est un jour d'obtenir
Quelques souspirs des gents de l'advenir :
Quelqu'un dira dessus moy par pitié :

" Sa dame et luy nasquirent destinez,
Également de mourir obstinez,
L'un en rigueur, et l'aultre en amitié.

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Je veux qu'on sçache au vray comme elle estoit armee
Lors qu'elle print mon coeur au dedans de son fort,
De peur qu'à ma raison on n'en donne le tort,
Et de m'avoir failli qu'elle ne soit blasmee.

Sa douceur, sa grandeur, ses yeulx, sa grace aimee,
Fut le reng qui premier fit sur moy son effort ;
Et puis de ses vertus un autre reng plus fort,
Et son esprit, le chef de ceste grande armee.

Qu'eusse-je fait tout seul ? je me suis laissé prendre ;
Mais à son esprit seul je me suis voulu rendre.
C'est celuy qui me print, qui à son gré me méne,

Qui de me faire mal a eu tant de pouvoir :
Mais puis qu'il faut souffrir, je me tiens fier d'avoir
Une si grand' raison d'une si grande peine.

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Si onc j'eus droit, or j'en ay de me plaindre :
Car qui voudroit que je fusse content
Estant loing d'elle ? Et je ne sçay pourtant,
En estant pres, si mon mal seroit moindre.

Ou pres, ou loing, le mal me vient atteindre ;
J'ay beau fuir, en tous lieux il m'attend
Pres, un vif mal ; et puis, loing d'elle estant,
Une langueur, autant ou plus à craindre.

Ô fier Amour, que tu as long le bras,
Puis qu'en fuyant on ne l'evite pas !
Puis qu'il te plaist, helas, je suis tesmoing,

Puis qu'à mon dam il t'a pleu que le sente,
Que ta main a, d'une arme non contente,
Le feu de pres, et les flesches de loing.

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Jà reluisoit la benoiste journee
Que la nature au monde te devoit,
Quand des thresors qu'elle te reservoit
Sa grande clef te feust abandonnee.

Tu prins la grace à toy seule ordonnee,
Tu pillas tant de beautez qu'elle avoit,
Tant qu'elle fiere, a lors qu'elle te veoit,
En est par fois elle mesme estonnee.

Ta main de prendre en fin se contenta,
Mais la nature encor te presenta,
Pour t'enrichir, ceste terre où nous sommes.

Tu n'en prins rien : mais, en toy tu t'en ris,
Te sentant bien en avoir assez pris
Pour estre ici royne du coeur des hommes.

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