Archives par mot-clé : Charles GUÉRIN

La maison serait blanche et le jardin sonore
De bruits d'eaux vives et d'oiseaux,
Et le lierre du mur qui regarde l'aurore
Broderait d'ombres les rideaux

Du lit tiède où, mêlés comme deux tourterelles,
Las d'un voluptueux sommeil,
Nous souririons, heureux de nous sentir des ailes
Aux premiers rayons du soleil.

Cette maison n'aurait sous l'auvent qu'un étage
Au balcon noyé de jasmins.
Les fleurs, le miel, ô mon amie, et le laitage
Aromatiseraient tes mains.

Un fleuve baignerait nos vergers, et sa rive
Cacherait parmi les roseaux
Une barque bercée et dont la rame oisive
Miroite en divisant les eaux.

Nous resterions longtemps assis sur la terrasse,
Le soir, lorsqu'entre ciel et champ
Le piétinant troupeau pressé des brebis passe
Dans la lumière du couchant ;

Et nos coeurs répondraient à l'angélus qui sonne
Avec la foi des coeurs à qui la vie est bonne.

Plus tard, sur le balcon rempli d'ombre, muets,
L'oreille ouverte au bruit des trains dans la vallée,
Goûtant tout ce qu'un sage amour contient de paix,
Nos âmes se fondraient dans la nuit étoilée.

Ecoutant nos enfants dormir derrière nous,
Pâle dans tes cheveux libres où l'air se joue,
Ta main fraîche liée aux miennes : " Qu'il est doux,
Qu'il est doux, dirais-tu, les cils contre ma joue,
Quand on sait où poser la tête, d'être las ! "
Mes lèvres fermeraient ta paupière endormie.

Cher asile, jardin, maison rustique… Hélas !
Car nous rêvons quand il faut vivre, ô mon amie !

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Le vent est doux comme une main de femme,
Le vent du soir qui coule dans mes doigts ;
L'oiseau bleu s'envole et voile sa voix,
Les lys royaux s'effeuillent dans mon âme ;

Au clavecin s'alanguissent les gammes,
Le soleil est triste et les coeurs sont froids ;
Le vent est doux comme une main de femme,
Le vent du soir qui coule dans mes doigts.

Je suis cet enfant que nul ne réclame,
Qu'une dame pâle aimait autrefois ;
Laissez le soleil mourir sur les toits,
Dormir la mer plus calme, lame à lame…
Le vent est doux comme une main de femme.

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Ô jeunesse, fervent et clair foyer d'amour,
Tu fais au ciel l'aveu sonore de ta joie,
Et ta flamme, luttant d'éclat avec le jour,
Aux quatre vents, pareille à la Chimère, ondoie !

Mais tu n'as pas plus tôt brillé de tout ton feu
Que, prompte à dévorer le sang qui t'alimente,
Tu languis, déjà sombre, et tu meurs, et qu'au lieu
Où tu brûlais tressaille une poudre fumante.

Qu'un autre, soucieux pour elle de repos,
Ou l'estimant peut-être égale en gloire à celle
Qu'un soin pieux tirait du bûcher des héros,
L'enferme dans une urne arrogante et l'y scelle !

Moi, je suivrai l'exemple heureux d'un laboureur
Qui va, portant de cendre une besace pleine
Il la lance aux sillons luisants, et son labeur
Avant d'ensemencer fertilise la plaine.

Ainsi, mon âge ardent ayant marqué sa fin
Par un flocon d'azur, là-haut, qui s'évapore,
J'en crible la poussière âcre et douce, et ma main
Dans les coeurs larges ouverts la répand, chaude encore.

Et si, tendresse, amour, douleur, révolte et foi,
Si dans mes vers un peu de l'homme se résume,
Un jour j'aurai l'orgueil d'entendre autour de moi
Des fils puissants monter de ma pauvre amertume ;

Et j'imiterai mieux alors mon paysan,
Qui, fier d'une moisson dès l'avril escomptée,
Chaque soir, visitant sa terre, au fort de l'an,
Par le bruit de ses blés a l'oreille flattée.

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Il fut le très subtil musicien des vents
Qui se plaignent en de nocturnes symphonies ;
Il nota le murmure des herbes jaunies
Entre les pavés gris des cours d'anciens couvents.

Il trouva sur la viole des dévots servants
Pour ses maîtresses des tendresses infinies ;
Il égrena les ineffables litanies
Ou s'alanguissent tous les amoureux fervents.

Un soir, la chair brisée aux voluptés divines,
Il détourna du ciel son front fleuri d'épines,
Et se coucha, les pieds meurtris et le coeur las.

Ô toi, qui, dégoûté du rire et de la lutte
Odieuse, vibras aux sanglots de sa flûte,
Poète, ralentis le pas : cy dort Heirclas.

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Sois pure comme la rosée,
Comme le ciel que tu reflètes ;
Sois légère aux herbes brisées,
Ame tremblante du poète.

Colore-toi du sang de l'aube,
Scintille en larme aux cils des feuilles ;
Et si des roses te recueillent,
Qu'une vierge cueille ces roses.

Sois lumineuse et résignée,
Rafraîchis le pied qui te foule ;
Souris au soleil hostile, ourle
Les rosaces des araignées :

Comme la froide et radieuse
Rosée enivre les cigales,
Tristesse du poète, abreuve
L'harmonieux concert des âmes !

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Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait ;
Les yeux fixés sur le soufflet,
Le chien bâille en songeant, morose.

Et tandis qu'il songe et repose
Près de la flamme au chaud reflet,
Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait.

Dans le salon, seul le feu glose ;
Mère-grand dit son chapelet,
Suzanne dort sur un ourlet,
Et dans le lait, paupière close,
Les chats trempent leur langue rose.

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Ce coeur plaintif, ce coeur d'automne,
Qui veut l'aimer ?
Ma belle enfant, on vous le donne
Pour un baiser.

Amusez-vous, car je vous vois
Inoccupée,
A le briser, comme autrefois
Votre poupée.

Ce sera moins long que les roses
A déchirer,
Puis vous irez à d'autres choses,
Et moi pleurer.

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Ce soir je reprendrai mon chemin solitaire,
Dans les champs où la nuit traîne son manteau bleu
J'irai, respirant l'air que l'herbe en fleur embaume,
Triste et pressant le pas comme ceux qui vont seuls ;
Je verrai les hameaux s'endormir sous le chaume,
Et les amants tresser leurs doigts sous les tilleuls,
Et les femmes filer encore, et les aïeuls
Rêver dans l'ombre au son d'une tardive enclume ;
Et débouchant enfin sur les hauteurs d'où l'oeil,
Caressé par le vent nocturne, avec orgueil
Embrasse l'horizon déjà noyé de brume
Et le fleuve qui luit d'un éclat morne et froid
Et la ville et parmi ses noirs pignons le toit
Où ma lampe au moment des étoiles s'allume,
Ivre de larmes, seul, à la chute du jour,
D'un cri désespéré j'appellerai l'amour.

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Tout ce que le monde m'offre ici-bas
pour me consoler me pèse.
Imitation de Jésus-Christ.

L'automne fait gronder ses grandes orgues grises
Et célèbre le deuil des soleils révolus,
L'avare automne entasse aux rebords des talus
Les vols de feuilles d'or que flagelle la bise.

Stérile et glacial reliquaire où s'effrite
Ce qui ne peut pas être avec ce qui n'est plus,
L'âme s'entrouvre, et son fragile cristal nu
Vibre et s'étoile au bruit des branches qui se brisent.

Le dôme clair de la forêt tremble sans trêve,
Tandis que, prompt et froid et sifflant comme un glaive,
Le vent aigu du Doute effeuille tes croyances.

Que ce soit donc l'automne enfin de ta jeunesse,
Ô toi qui vas, au temps où les roses renaissent,
Ramasser d'âcres fruits sous l'arbre de Science.

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Tu rangeais en chantant pour le repas du soir
Le pain blond, du laitage et le fruit de nos treilles,
Autour d'un rayon d'or formé par les abeilles ;
Et te voici qui viens tout près de moi t'asseoir.

Il a plu ; l'air mouillé répand une odeur verte,
Le fifre d'un insecte invisible au plafond
Alterne avec le bruit que les gouttes d'eau font
Sur des feuilles au bord de la croisée ouverte.

Nous rêvons, accoudés sur la nappe, devant
Les mets simples auxquels nul de nous deux ne touche.
Nous nous taisons ; parfois tu poses sur ma bouche
Ton bras nu qui frissonne au souffle frais du vent.

La fenêtre faisant un cadre au paysage
Se peint avec les bois et l'horizon natal
Sur les flancs ronds et purs d'un vase de cristal
Dont le courbe miroir nous grossit le visage.

Là-bas, le ciel d'automne est rouge et soucieux.
Ô doux et longs instants d'amour ! Le crépuscule
Décolore déjà l'univers minuscule
Qui diaprait l'azur de la buire et nos yeux.

Ton coeur frappe à la place où ma tête s'appuie,
Nous écoutons les fruits tomber dans le jardin,
Pensifs, et tressaillant ensemble quand, soudain,
Le vent secoue un arbre encor chargé de pluie.

Alors, et bénissant le jour qui va finir,
Comme deux voyageurs, d'un regard en arrière,
Nous laissons dans l'ardeur d'une même prière
Et nos mains et nos voix et nos âmes s'unir.

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