Lorsque rentrent des alentours,
Tels soirs d'été, les attelages,
Les vieilles gens des vieux villages
Se rassemblent aux carrefours.

Les plus anciens semblent descendre
Du calvaire de leurs cent ans ;
Leurs petits yeux sont clignotants
Dans leur face couleur de cendre.

Ils sont à bout de tant marcher ;
Ils radotent, sourient et pleurent,
Puis se taisent, écoutant l'heure
Casser le temps, à leur clocher.

Les aïeules se sont assises
Sur les roses d'un coussinet ;
Les deux brides de leur bonnet
Tombent d'aplomb sur leurs mains grises.

Les veilleuses du souvenir
Brûlent au fond de leurs mémoires ;
Leur menton mâche des histoires
Longues à ne jamais finir.

La plus jeune passe à la ronde
Quelques lambeaux d'un almanach ;
Entre deux prises de tabac,
On discute la fin du inonde.

On reparle de morts fauchés
Depuis quels temps ! – Dieu s'en souvienne.
" C'était quand l'école gardienne
S'ouvrait encore au vieux marché. "

On dit ses deuils et ses misères ;
On se chamaille et c'est à qui
Traîne le plus dolent ennui
Vers les plus noirs anniversaires.

Tous sont jaloux de leurs douleurs :
Défunt leur fils, morte leur fille ;
Les boeufs, qui sont de la famille,
Captés, un soir, par des voleurs.

Et tous les maux que l'on endure
Sans qu'on aille crier, merci !
Sève épuisée et sang moisi,
Sous la chair flasque et la peau dure.

Ainsi causent les vieilles gens,
Les soirs d'été, dans les villages ;
Sur le chemin, les attelages
Fleurent, au loin, comme un encens.

Et, jour à jour, les temps s'écartent ;
Du lundi soir au samedi
On ressasse ce qu'on s'est dit ;
Mais le dimanche, on joue aux cartes.

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