Émile VERHAEREN (1855-1916) : Inconscience

L'âme et le coeur si las des jours, si las des voix,
Si las de rien, si las de tout, l'âme salie ;
Quand je suis seul, le soir, soudainement, parfois,
Je sens pleurer sur moi l'oeil blanc de la folie.

Celui, si triste hélas ! qui s'en alla, là-bas,
– Pâle oeil désenchanté de la raison méchante –
Rêver à quelque chose, au loin, qu'on ne voit pas
A quelque chose au loin qui tremble et pleure et chante.

Morne crapaud blotti sous les roses, tout seul !
Si seul ! – morne crapaud pleureur de lune, appelle !
Appelle ! Et vous, petites fleurs, pour le linceul
De mon cerveau, l'ensevelisseuse vient-elle ?

Être l'errant au monde et le pauvre de soi,
Avec le feu bougeant d'une âme, qui tremblote
Derrière une main frêle et ballotte son moi ;
Qui tremblote comme un reflet dans l'eau ballotte.

Passer inconscient et se faire l'ami
De ce qui vole et rampe et fuit, là-bas. Naguère,
Avant que ne sortît du somme, l'endormi,
Le premier homme, on a vu mes pareils sur terre.

Ayez amour pour eux, ayez amour un peu !
Ils sont les charmeurs lents, là-bas, des brises lentes :
Leurs doigts, qui n'ont jamais touché le mauvais feu,
Dansent des airs lointains, sur des flûtes tremblantes:

Les puérils et les vaguants, mais loin du mal,
Et les doux égarés, par les bruyères vertes :
Hamlet rirait Peut-être, hélas ! mais Parsifal ?
Ô Parsifal bénin et clair, comprendrait certes !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *