Le 7 avril 2006

C’était un lundi matin, la campagne
Mais pas un lundi comme les autres
C’était le Grand Lundi
celui de la rentrée des classes
Le premier grand jour
où Matthieu allait devenir grand
Pour lui, ce jour-l était si important
qu’il était debout avant tout le monde
Il s’est levé tout seul
s’est dirigé vers la cuisine
sans faire de bruit
puis s’est préparé son petit déjeuner
tout seul
sans un bruit
puis il est partit se laver les dents
avec sa nouvelle brosse dents
celle avec le petit chien
dessiné sur le manche
Il s’est habillé
avec son beau pantalon pince
du mariage de tante Gisèle
a préparé son cartable
son nouveau cartable
et il est parti
sans faire de bruit

Sur le chemin de l’école
il a alors rencontré
un escargot
Et comme il était beau
il s’est dit que sans doute
il allait l’école, lui aussi
et il s’est mis courir

Malheureusement, ce jour-l
il pleuvait
Et des escargots
Matthieu en voyait
Il en voyait tellement
qu’il ne s’arrêtait pas de courir
jusqu’aux portes de l’école
Matthieu voulait être le premier !
Mais force de courir
il s’est retrouvé seul devant cet énorme édifice
seul, attendre, attendre
attendre encore
si bien qu’ force d’attendre
il en pleura de désespoir
et retourna chez lui
la tête basse
bien triste de n’avoir pas connu
sa première rentrée des classes

Le 7 avril 2006

Par un matin d’été
Bernard le canard, remuait du popotin
sur le lac de Vincennes.
Il pataugeait, piquait des têtes,
battait des pattes,
lorsque la belle Zoé,
la canne du quartier,
vint le chercher.
Et comme il ne voulait pas venir,
elle décidait de prendre les devants.
Dis-moi Nanard, tu sais,
ton numéro d’ danseuse aquatique:
Il casse pas trois pattes un canard !
Et elle se mit rire…
Que dirais-tu d’ venir au grand festival,
le Festival de Cannes ?
Et bien vrai dire,
ou dire vrai,
je n’y avais jamais songé.
Alors bon, pourquoi pas ?…
Et ben c’est cool mon p’tit canard boiteux !
Fais tes valoches, on part deux !

Douze heures plus tard,
arrivés Cannes,
nos deux fêtards se sont rendus
dans un restaurant italien
où ils ont mangé une assiette de cannelloni.
Puis ils sont partis goutter des feuilles de cannabis
fraîchement coupées avec le petit canif
que tante Gertrude avait offert au canard de service.
Mais avec tout ça,
les deux canailles
avaient été tellement décalqués
qu’ils en avaient oublié
le pourquoi de leur venue.

C’est alors qu’ peine réveillée,
Zoé se rapprocha tendrement de Bernard,
et lui glissa dans l’oreille:
Dis, mon vilain p’tit canard,
tu m’fais perdre la tête !
Et caus’ de toi, j’suis tombé sur un bec !
J’ai raté le spectacle
où j’aurais pu rafler
une nouvelle prothèse,
la merveille des merveilles,
le trésor des trésors:

La célèbre palme d’or.

Le 7 avril 2006

Je m’en vais vous compter
une histoire fantastique,
expliquant la sexualité
des mouches helvétiques.
Il fût un temps,
bien lointain naguère,
où une mouche d’antan
faisait sa prière.
Elle était accroupie
sur une crotte de bique
invoquant sa myopie
au grand dieu des lombrics.

C’était quelque chose comme ça:

“ Oh, Dieu des lombrics…
qu’ai-je pu faire par le passé
pour mériter ta volonté gnostique ?
Tu m’as donné tant d’yeux
qui ne me servent rien,
mais je t’implore mon Dieu,
moi, le simple terrien ! ”

“ Suffit ! ”, dit le dieu des lombrics.
“ Tu n’as certes pas une bonne acuité,
mais tu ne connais pas le secret…
le secret de ta fécondité !…

Vas ! Trouves la mouche dorée,
sur le chemin du pouvoir,
le chemin vénéré,
entre les barrières immenses
des montagnes Alpines. ”

Puis il disparut.
La mouche, intriguée par l’idée de draguer
prit ses pattes son cou
et partit en faire quatre cents…
“ J’en suis sure, y’a rien voir ! ”,
dit-elle dans un élan émancipateur.

C’est toute de noir vêtue
que la mouche disparut
dans la moiteur herbacée
d’une prairie violacée
par un soleil perforateur.
Le périple de sa quête
serait trop long expliquer
mais sachez que la mistinguette
en réellement bavé.
Arrivée Davos,
dans les Alpes Rhétiques,
la mouche reprit son souffle
oublié dans ce voyage érotique.
“ Mouche dorée, 10 Km ”,
lisait-elle sur une pancarte
qu’ils avaient dû omettre
d’indiquer sur sa carte.

Romaric, la mouche dorée,
vivait dans un palace.
Une espèce de diarrhée
complètement dégueulasse
qu’il venait d’acheter
une fourmi molasse.
A l’entrée de sa demeure
il y avait une foultitude de mouches
de toutes les couleurs
et de toutes les souches.
D’après l’impressionnante odeur
qui volait dans les airs,
elles étaient en chaleur
et toutes célibataires.

“ A la queue, comme tout l’monde ! ”,
criaient les plus fécondes.
Il faisait si chaud attendre debout,
que les mouches tombaient comme des mouches…
Elles entraient, une une
dans le royaume, et chacune
ressortait trois minutes après.
Lorsqu’arriva le tour
de la mouche nationale,
on entendit les tambours
de sa profondeur vaginale
qui résonnait dans les têtes
de celles qui chantaient tue-tête
l’hymne l’amour.

“ C’est donc toi que j’attends
depuis bien trop longtemps ! ”,
lançait Romaric en poursuivant.
“ C’est donc toi l’élue
qui engendrera la diversité
de notre race d’excitées ?!… ”,
lui faisant don d’une descendance
qui s’engouffra avec prestance
dans la machine fabriquer
des moucherons bien répliqués.

Peu de temps après,
les moucherons ont grandit,
se transformant en mouches
comme il était prédit.
Elles sillonnèrent le monde
en tournant sur elles-mêmes;
des mètres la ronde,
on les entendait quand même.

Elles se posent sur un bras,
on les repousse.
Elles se posent sur l’autre bras,
on les repousse nouveau,
et ainsi de suite…
Jusqu’ épuisement de l’un ou de l’autre.

C’est donc ainsi que s’est produit
l’histoire des mouches helvétiques
qui, par un destin tragique,
allaient nous gonfler pour la vie.

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