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Une dictée pour Pivot

DICTÉE (trouvée dans un vieil almanach) :

 Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.

De ce mariage, est né un fils aux yeux pers.
Monsieur est le père, Madame est la mère.
Les deux font la paire.

Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère.
Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.

Aucun des deux n’est maire.
N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.
Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.

La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd.
Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.

Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y perd ! »

FIN

RENTREZ VOS BLANCS MOUTONS !

C’était un lundi matin, à la campagne
Mais pas un lundi comme les autres
C’était le Grand Lundi
celui de la rentrée des classes
Le premier grand jour
où Matthieu allait devenir grand
Pour lui, ce jour-là était si important
qu’il était debout avant tout le monde
Il s’est levé tout seul
s’est dirigé vers la cuisine
sans faire de bruit
puis s’est préparé son petit déjeuner
tout seul
sans un bruit
puis il est partit se laver les dents
avec sa nouvelle brosse à dents
celle avec le petit chien
dessiné sur le manche
Il s’est habillé
avec son beau pantalon à pince
du mariage de tante Gisèle
a préparé son cartable
son nouveau cartable
et il est parti
sans faire de bruit

Sur le chemin de l’école
il a alors rencontré
un escargot
Et comme il était beau
il s’est dit que sans doute
il allait à l’école, lui aussi
et il s’est mis à courir

Malheureusement, ce jour-là
il pleuvait
Et des escargots
Matthieu en voyait
Il en voyait tellement
qu’il ne s’arrêtait pas de courir
jusqu’aux portes de l’école
Matthieu voulait être le premier !
Mais à force de courir
il s’est retrouvé seul devant cet énorme édifice
seul, à attendre, à attendre
à attendre encore
si bien qu’à force d’attendre
il en pleura de désespoir
et retourna chez lui
la tête basse
bien triste de n’avoir pas connu
sa première rentrée des classes

LES AVENTURES DE BERNARD LE CANARD

Par un matin d’été
Bernard le canard, remuait du popotin
sur le lac de Vincennes.
Il pataugeait, piquait des têtes,
battait des pattes,
lorsque la belle Zoé,
la canne du quartier,
vint le chercher.
Et comme il ne voulait pas venir,
elle décidait de prendre les devants.
Dis-moi Nanard, tu sais,
ton numéro d’ danseuse aquatique:
Il casse pas trois pattes à un canard !
Et elle se mit à rire…
Que dirais-tu de venir au grand festival,
le Festival de Cannes ?
Et bien à vrai dire,
ou à dire vrai,
je n’y avais jamais songé.
Alors bon, pourquoi pas ?…
Et ben c’est cool mon p’tit canard boiteux !
Fais tes valoches, on part à deux !

Douze heures plus tard,
arrivés à Cannes,
nos deux fêtards se sont rendus
dans un restaurant italien
où ils ont mangé une assiette de cannelloni.
Puis ils sont partis goutter des feuilles de cannabis
fraîchement coupées avec le petit canif
que tante Gertrude avait offert au canard de service.
Mais avec tout ça,
les deux canailles
avaient été tellement décalqués
qu’ils en avaient oublié
le pourquoi de leur venue.

C’est alors qu’à peine réveillée,
Zoé se rapprocha tendrement de Bernard,
et lui glissa dans l’oreille:
Dis, mon vilain p’tit canard,
tu m’fais perdre la tête !
Et à caus’ de toi, j’suis tombé sur un bec !
J’ai raté le spectacle
où j’aurais pu rafler
une nouvelle prothèse,
la merveille des merveilles,
le trésor des trésors:

La célèbre palme d’or.

LA SEXUALITE DES MOUCHES SUISSES DES ALPES

Je m’en vais vous compter
une histoire fantastique,
expliquant la sexualité
des mouches helvétiques.
Il fût un temps,
bien lointain naguère,
où une mouche d’antan
faisait sa prière.
Elle était accroupie
sur une crotte de bique
invoquant sa myopie
au grand dieu des lombrics.

C’était quelque chose comme ça:

“ Oh, Dieu des lombrics…
qu’ai-je pu faire par le passé
pour mériter ta volonté gnostique ?
Tu m’as donné tant d’yeux
qui ne me servent à rien,
mais je t’implore mon Dieu,
moi, le simple terrien ! ”

“ Suffit ! ”, dit le dieu des lombrics.
“ Tu n’as certes pas une bonne acuité,
mais tu ne connais pas le secret…
le secret de ta fécondité !…

Vas ! Trouves la mouche dorée,
sur le chemin du pouvoir,
le chemin vénéré,
entre les barrières immenses
des montagnes Alpines. ”

Puis il disparut.
La mouche, intriguée par l’idée de draguer
prit ses pattes à son cou
et partit en faire quatre cents…
“ J’en suis sure, y’a rien à voir ! ”,
dit-elle dans un élan émancipateur.

C’est toute de noir vêtue
que la mouche disparut
dans la moiteur herbacée
d’une prairie violacée
par un soleil perforateur.
Le périple de sa quête
serait trop long à expliquer
mais sachez que la mistinguette
en a réellement bavé.
Arrivée à Davos,
dans les Alpes Rhétiques,
la mouche reprit son souffle
oublié dans ce voyage érotique.
“ Mouche dorée, 10 Km ”,
lisait-elle sur une pancarte
qu’ils avaient dû omettre
d’indiquer sur sa carte.

Romaric, la mouche dorée,
vivait dans un palace.
Une espèce de diarrhée
complètement dégueulasse
qu’il venait d’acheter
à une fourmi molasse.
A l’entrée de sa demeure
il y avait une foultitude de mouches
de toutes les couleurs
et de toutes les souches.
D’après l’impressionnante odeur
qui volait dans les airs,
elles étaient en chaleur
et toutes célibataires.

“ A la queue, comme tout l’monde ! ”,
criaient les plus fécondes.
Il faisait si chaud à attendre debout,
que les mouches tombaient comme des mouches…
Elles entraient, une à une
dans le royaume, et chacune
ressortait trois minutes après.
Lorsqu’arriva le tour
de la mouche nationale,
on entendit les tambours
de sa profondeur vaginale
qui résonnait dans les têtes
de celles qui chantaient à tue-tête
l’hymne à l’amour.

“ C’est donc toi que j’attends
depuis bien trop longtemps ! ”,
lançait Romaric en poursuivant.
“ C’est donc toi l’élue
qui engendrera la diversité
de notre race d’excitées ?!… ”,
lui faisant don d’une descendance
qui s’engouffra avec prestance
dans la machine à fabriquer
des moucherons bien répliqués.

Peu de temps après,
les moucherons ont grandit,
se transformant en mouches
comme il était prédit.
Elles sillonnèrent le monde
en tournant sur elles-mêmes;
à des mètres à la ronde,
on les entendait quand même.

Elles se posent sur un bras,
on les repousse.
Elles se posent sur l’autre bras,
on les repousse à nouveau,
et ainsi de suite…
Jusqu’à épuisement de l’un ou de l’autre.

C’est donc ainsi que s’est produit
l’histoire des mouches helvétiques
qui, par un destin tragique,
allaient nous gonfler pour la vie.