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Henri WARNERY (1859-1902) : Les Origines

Dans la splendeur des cieux un astre vient de naître,
Sur ses langes d'azur j'ai cru le reconnaître ;
Vers lui mon espérance a dirigé son vol.
La Terre ! Ah ! je la vois ! La Terre ! c'est bien elle !
A son souffle embrasé je sens frémir mon aile,
Et j'entends, sous mes pieds, mugir son vaste sol.

Une sueur de feu pend à sa croupe nue ;
Les éclairs sur son front crépitent dans la nue ;
Ses flancs partout béants fument de toutes parts.
Un ciel obscur et lourd sur son écorce pèse,
Et, brisant les parois de l'énorme fournaise,
Les éléments de tout dans les airs sont épars.

Oh ! qui dira l'horreur des premiers jours du monde ;
La matière hurlant dans sa gaine inféconde,
Et soudain ruisselant sur le globe éventré ?
Qui dira le courroux des tempêtes natives,
Et, sortant lentement des ondes primitives,
Les Alpes jusqu'au ciel portant leur front sacré ? […]

Henri WARNERY (1859-1902) : Tableau du soir

… Le soir descend. Sur la neige des frissons roses
Courent, qui la font palpiter comme une chair ;
Et les toits des chalets, par leurs trappes mi-closes,
Laissent un filet bleu monter dans le ciel clair. […]

Max WALLER (1860-1889) : Sun shine

How do you do ? mon coeur a faim
De votre regard qui dédaigne ;
Et depuis l'autre jour il saigne,
Viendrez-vous le soigner enfin ?

Car, bien que le printemps commence
À dorer les longs boulevards,
Il fait très froid sans vos regards
Et ma solitude est immense.

Little beauty ! venez, venez !
C'est si triste et si navrant d'être,
Les yeux braqués, à la fenêtre
Pendant les doux après-dîners,

Attendant toujours la chérie
En songeant qu'elle n'aime plus,
Et c'est ridicule au surplus,
Et c'est naturel qu'on en rie.

Max WALLER (1860-1889) : C'est ainsi

Faire des vers, des vers gamins,
Et rire, et rire, et rire encore,
Et, comme un pierrot qui picore,
Cueillir leurs parfums aux jasmins ;

Forger des vers comme des armes,
Pointus, effilés, sans merci,
Ou, pour expier son souci,
Égrener des ave de larmes,

C'est bon supérieurement
Et tout le reste est journalisme ;
La strophe d'or est comme un prisme
Où s'irise le firmament.

Et crevât-on, phtisique et blême,
Avec des recors à la clé,
Le violon qu'on a raclé
Laisse des notes en nous-même.

La flûte, avec ses quatre trous,
Quatre regards de mélodie,
Quand elle est triste, psalmodie
Comme un martyr sous les verrous ;

Et rien n'y fait, ni les gendarmes,
Ni les huissiers, ni les tailleurs ;
L'air de flûte a toujours des larmes
En attendant des jours meilleurs !

Max WALLER (1860-1889) : Berceuse à Hélène

Je suis triste, ma reine,
Que mon coeur, mon coeur a de peine,
Je suis triste, ma reine,
D'être si loin de vous.

Je vous ai vue à peine,
Que mon coeur, mon coeur a de peine,
Je vous ai vue à peine
Près du Fossé-aux-Loups.

Mon âme est pleine, pleine,
Que mon coeur, mon coeur a de peine,
Mon âme est pleine, pleine
De vers aux rimes d'or.

Je veille, Hélène, Hélène
Que mon coeur, mon coeur a de peine,
Je veille, Hélène, Hélène,
C'est le lecteur qui dort.

La chose est souveraine,
Que mon coeur, mon coeur a de peine,
La chose est souveraine
Et ça ne coûte rien.

Dors tranquille et sereine,
Que mon coeur, mon coeur a de peine,
Dors tranquille et sereine,
Dors mon enfant, c'est pour ton bien.

Mélanie WALDOR (1796-1871) : Dors à mes pieds! …

Dors à mes pieds !… Rêve d'amour
Mon souffle, comme une caresse,
Glissera sur le pur contour
De ce beau front qu'avec paresse
Tu reposes sur mes genoux.
Dors à mes pieds, tout fait silence,
Hors la branche qui se balance,
Souple et frêle, au-dessus de nous ;
Dors à mes pieds, tout fait silence.

Sous mes baisers clos tes yeux noirs,
Tes yeux où brillent tant de flammes,
Qu'on les croirait les deux miroirs
Où se reflètent nos deux âmes.
Dors à mes pieds !… Rêve d'amour ;
Je suis jalouse de tes rêves,
Comme du temps que tu m'enlèves
Avec le monde chaque jour…
Je suis jalouse de tes rêves !…

Le soleil glisse à l'horizon.
Pas un souffle, pas un nuage…
Un rayon d'or, sur le gazon,
Reste comme un heureux présage !
Nos riches tapis ne sont pas
Aussi doux que ce lit de mousse
Où, folâtre, ta main repousse
Le brin d'herbe effleurant mon bras.
Dors sur l'herbe, les fleurs, la mousse…

Dors à mes pieds !… Rêve d'amour :
Mon souffle, comme une caresse,
Glissera sur le pur contour
De ce beau front qu'avec paresse
Tu reposes sur mes genoux.
Dors à mes pieds, tout fait silence,
Hors la branche qui se balance,
Souple et frêle, au-dessus de nous ;
Dors à mes pieds, tout fait silence.

Jean-Baptiste WILLART de GRECOURT (1683-1743) : Le papillon et les tourterelles

Un papillon, sur son retour,
Racontait à deux tourterelles,
Combien dans l'âge de l'amour
Il avait caressé de belles :
"Aussitôt aimé qu'amoureux,
Disait-il, ô l'aimable chose !
Lorsque, brûlant de nouveaux feux,
Je voltigeais de rose en rose !
Maintenant on me suit partout,
Et partout aussi je m'ennuie ;
Ne verrai-je jamais le bout
D'une si languissante vie ?"
Les tourterelles sans regret
Répondirent : "Dans la vieillesse
Nous avons trouvé le secret
De conserver notre tendresse ;
À vivre ensemble nuit et jour
Nous goûtons un plaisir extrême :
L'amitié qui vient de l'amour
Vaut encor mieux que l'amour même."