A René Purnal

Les mains dans le brouillard et mon orgueil en bouche
Comme une bête tient sa proie ou ses petits,
Je respire, je vais. Le monde me saisit,
Les couleurs de la vie autour de moi se couchent.

Bariolé de sang, chargé d'un picador,
Le cheval éventré trébuche dans sa traîne.
Ainsi je porte au dos mon brillant capitaine,
Je sens les éperons d'un ange chercheur d'or.

Mais la belle vivante aux mains immaculées,
De feuillage, de ciel, et de formes ailées
Couvre le champ désert où je plantais mon pic.

Filon d'or égaré sous l'herbe, qui scintille !
Faiblesses de l'amour dans un jardin public…
– L'ange que je portais saigne comme une fille.

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Celui vraiment savait bien la manière
Comme il allait de l'un à l'autre état,
Quand, comparant l'avocat au soldat,
Les fit loger dessous même bannière.
L'un va bravant d'une lance guerrière,
L'autre, bragard, de sa langue s'ébat,
Tous deux vaillants, l'un de ces deux combat
En un barreau, et l'autre à la barrière.
Tous deux, hardis, combattent pour l'honneur;
En combattant, il faut que le bonheur
Soit joint aussi avecques la prudence.
D'un point, sans plus, le soldat est jaloux,
Pour ne gagner au combat que ses coups
Et l'avocat de l'or en abondance.

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Chaque jour un oiseau rencontre ce garçon
Aux yeux baissés, qui se promène sous les arbres,
Vers la nuit, qui n'est pas plus gai que de raison
Ni triste, – mais l'oiseau l'écoute qui se parle :

Il ne regarde pas les hommes dans la rue,
Leurs yeux pâles (dit-il) ni les bêtes du soir,
Ni cet ange, ni cette femme de chair pure
Dont le visage aime à sourire sans miroir ;

Il est sage, – si fatigué que les passants
Aimeraient mieux le voir pleurer à leur manière,
Et lui font signe, et vont à lui le coeur battant,
Mais il s'éloigne seul.

Un reste de lumière
Au ciel, une couleur de l'air, le vent, la pluie
Lui font plus de plaisir que ces aimables gens,
Le mènent à penser plus de bien de sa vie
Et lui donnent le coeur de poursuivre son chant,

S'il chante, s'il se porte à la source des larmes
Pour s'étonner de ce mystérieux pouvoir
Et laisser, humblement, qu'on lui prenne ses armes
Des mains, – qu'il soit enfin poète, sans espoir.

Ce qu'il touche s'altère et s'en va dans un rêve ;
Les merveilles qu'il forme au gré de ses désirs
Je sais trop qu'il ne peut y trouver de plaisir
Et qu'un songe, aussitôt qu'il l'incline, s'achève.

– Ainsi passe cet homme, oublié, sans histoire,
Portant l'hostie en bouche et par elle émouvant,
Prisonnier de son dieu comme sont les avares,
Qui se perd sans bouger au milieu des vivants.

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Tirer du ver l'éclat et l'ornement des Rois,
Rendre par les couleurs une toile parlante,
Emprisonner le temps dans sa course volante,
Graver sur le papier l'image de la voix ;

Donner aux corps de bronze une âme foudroyante,
Sur les cordes d'un luth faire parler les doigts
Savoir apprivoiser jusqu'aux monstres des bois,
Brûler avec un verre une ville flottante ;

Fabriquer l'univers d'atomes assemblés,
Lire du firmament les chiffres étoilés,
Faire un nouveau soleil dans le monde chimique ;

Dompter l'orgueil des flots, et pénétrer partout,
Assujettir l'enfer dans un cercle magique,
C'est ce qu'entreprend l'homme, et dont il vient à bout.

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Je vivais au milieu de choses mal unies,
Demandant au hasard de diriger mes pas.
Je mettais à mon dieu le masque des folies
Et le meilleur ami ne me connaissait pas.

Il s'est fait un été plus divin que les autres,
Comment résisterais-je à son embrassement ?
Je marche, confondant mes biens avec les vôtres ;
Je respire au milieu d'un monde bien portant.

Beau jour sobre et profond comme un marbre sauvage,
Que vos angles dorés m'ont donné de secours !
Tant de perfection fait aimer son ouvrage
– Tant de limpidité détourne de l'amour.

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Crépuscule grimant les arbres et les faces,
Avec son manteau bleu, sous son masque incertain ;
Poussière de baisers autour des bouches lasses…
Le vague devient tendre, et le tout près, lointain.

La mascarade, autre lointain mélancolique,
Fait le geste d'aimer plus faux, triste et charmant.
Caprice de poète – ou prudence d'amant,
L'amour ayant besoin d'être orné savamment –
Voici barques, goûters, silences et musique.

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La pluie fait une ville
Difficile à aimer
Point du jour Point du soir
Et pointe du plaisir.
Des goûts et des couleurs
Plus vives que jamais…
Ainsi la pluie me parle
Au coeur

Ô patrie légère
Ô maison de fil
Mes amis, mes frères
Vous connaissent-ils ?
Ils parlent d'amour
Je n'en ai que faire

Je chante à mon tour
Et je vis d'eau claire.

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Je ne nourris dans moi qu'une humeur noire
Chagrin, fâcheux, mélancolic, hagard,
Grogneux, dépit, présomptueux, langard,
Je fais l'amour au bon vin et au boire.
De mon esprit toutefois je fais gloire,
Pour le penser être frisque et gaillard,
Et ne tenir nullement du vieillard,
Mais nul que moi ne le se fait accroire.
Pour trop me plaire, à chacun je déplais
De vains discours, pauvre sot, je me pais,
Ne pouvant rien sans espoir je désire.
Pour n'avoir plus de reste que ma voix,
Je chante à tous mes anciens exploits,
Mais, les chantant, je n'apprête qu'à rire.

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Je ne suis pas parti
ma chambre m'a vaincu.
Pourquoi si durement
aime-t-elle ce corps ?

Pourquoi clouer au mur
mes coudes prisonniers ?
Et pourquoi me garder
debout en face d'elle ?

C'est vrai, j'avais menti :
j'ai désiré la gloire,
– Ce besoin de m'enfuir
ne fut pas un essor –

mais au moins si ma voix
demeure belle et fraîche,
ah ! que l'on me soutienne
un peu sous les épaules !

– Appuyé aux fenêtres
(et derrière cela
à la nuit maritime
où les mouettes souffrent),

je médite un combat
léger et foudroyant
un vol inattendu
à l'immobilité…

J'avance ! Je nourris
une ardeur sans égale !
– Et transporté soudain
de colère et d'orgueil,

pour connaître les fruits
que porte mon malheur,
je secoue en criant
ce grand arbre nocturne !

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Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d'été, moi, j'ai cru.
– Est-il sûr qu'un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d'été, moi, j'ai cru !
Et tout manque où ma main s'appuie.
– Après que tout a disparu
Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s'appuie.
Hélas ! les beaux jours ne sont plus.
– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j'ai vingt ans révolus.

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