Archives de catégorie : E

Et voile à nul souffle bercée,
S'enguidonne d'un beau ciel d'or
Le dimanche très en décor
Pour les femmes de mes pensées :

Et les femmes ont dépensé
Leur coeur tout devant les fenêtres
Et creusent, d'amour enlisées,
Jusqu'au pleur ce ciel des fenêtres.

Vierges d'attente et de martyre,
Au gril vert des persiennes lasses,
Dans les jardins des croisées basses,
Les femmes, jusqu'à se mourir,

Cristallisent rouge aux fenêtres
– Appeau naïvement enfant –
Leur coeur sous les tabliers blancs
Et tels des rideaux aux fenêtres.

Or, en vain, les femmes, amantes
D'aimer, se sentent infinies,
Leurs besognes sont définies,
Et, pauvre, leur coeur de servantes

Froidit, pour que se fassent blanches
Leurs mains, en très naïves grèves,
Dans la comédie bleue du rêve.
Or passent ainsi les dimanches.

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J'ai triste d'une ville en bois,
– Tourne, foire de ma rancoeur,
Mes chevaux de bois de malheur –
J'ai triste d'une ville en bois,
J'ai mal à mes sabots de bois.

J'ai triste d'être le perdu
D'une ombre et nue et mal en place,
– Mais dont mon coeur trop sait la place –
J'ai triste d'être le perdu
Des places, et froid et tout nu.

J'ai triste de jours de patins
– Soeur Anne ne voyez-vous rien ? –
Et de n'aimer en nulle femme ;
J'ai triste de jours de patins,
Et de n'aimer en nulle femme.

J'ai triste de mon coeur en bois,
Et j'ai très triste de mes pierres,
Et des maisons où, dans du froid,
Au dimanche des coeurs de bois,
Les lampes mangent la lumière.

Et j'ai triste d'une eau-de-vie
Qui fait rentrer tard les soldats.
Au dimanche ivre d'eau-de-vie,
Dans mes rues pleines de soldats,
J'ai triste de trop d'eau-de-vie.

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Mais lors voici qu'un oiseau chante,
Dans une pauvre cage en bois,
Mais lors voici qu'un oiseau chante
Sur une ville et tous ses toits,

Et qu'il dit qu'on le voit le monde
Et sur la mer la pluie tomber,
Et des voiles s'en aller rondes,
Sur l'eau si loin qu'on peut aller.

Puis voix dans l'air plus haut montée,
Alors voici que l'oiseau dit
Que tout l'hiver s'en est allé
Et qu'on voit l'herbe qui verdit,

Et sur les chemins la poussière
Déjà, et les bêtes aussi,
Et toits fumant dans la lumière
Que l'on dirait qu'il est midi,

Et puis encore sa voix montée,
Que l'air est d'or et resplendit,
Et puis le bleu du ciel touché
Qu'il est ouvert le paradis.

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Or, en aujourd'hui et mes heures,
Marie du temps quotidien
Pour le travail et pour le pain
Des vies qui rient, des vies qui pleurent,
Je vous salue, Marie-aux-heures ;

Et vous salue, Marie-au-peuple,
Mon peuple bon de chrétienté,
Et si patient d'équité
Depuis des temps d'éternité,
Et vous salue, Marie, mon peuple.

Or les villes, Marie-aux-cloches,
Mes villes d'hiver et d'été
Et de tout près, et d'à côté,
Mes villes de bois ou de roche
Bien vous saluent, Marie-aux-cloches ;

Et vous saluent, Marie-aux-îles,
Que font les bons chez les mauvais,
Les coeurs naïfs et les muets
Aux heures longues de ces villes
Qui vous saluent, Marie-aux-îles,

Et puis aussi, Marie-du-temps,
Ceux du présent, et les absents
Aux joies du rire ou dans la peine ;
Et puis aussi, Marie-du-temps,
Moi dans la vie comme à la traîne.

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Je n'ai plus de ville, Elle est soûle
Et pleine de coeurs renégats,
Aux tavernes de Golgotha,
J'en suis triste jusqu'à la mort ;
Je n'ai plus de ville, Elle est soûle.

Mon Dimanche est mort pour de bon ;
Dans les armoires de mes torts
Mes robes ont changé de ton,
Vides, les robes de ma mort
Sont mortes et pour tout de bon.

Et sont mortes les bien-aimées ;
Et ma seule religion,
Aux huiles d'extrême-onction,
Va mourir loin des bien-aimées ;
La mort meurt et les bien-aimées.

Et tout vit, pour que bien s'annule
La chair dans les robes qui brûlent,
Où les baisers même sont mal ;
Et tout vit, pour que bien s'annule
La chair dans les robes qui brûlent.

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Or qu'il soit de vivre
Comme il plaît à Dieu,
Mais toi qui te livres
Au tabac et veux

Fumer Saint-Omer
Ou Porto-Rico,
Va chez Dame Claire
Qui en a pleins pots.

Puis Roisin aussi
Et mis en paniers
Tabac de Paris
Qu'on fume aux Gambiers,

Et Saint-Vincent noir
Qui gratte au gosier,
Cher aux mariniers
Parce qu'il fait boire ;

Mais toi qui préfères
Rouler le papier,
Pour ton Maryland
Va chez Dame Claire,

Et choisis le clair,
Et prends le bon temps,
À l'élire blond
Et coupé en long.

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Or bleu disant l'août
Au commun des jours,
Corneilles qui rouent
En haut sur la tour,

Puis l'heure sonnant
Partent sur leurs ailes,
Quittant les auvents
Crier dans le ciel,

Comme de gros mots
Plus aigres qu'airelles
Dits tout en voyelles
Suivant leur argot,

Corneilles peu sages,
Et même un peu folles,
Vivant en veuvage
Et qui s'en consolent,

Dans le ciel en blond
Sur le prieuré,
A tourner en rond
Autour du clocher,

C'est de choses vues
De les raconter,
Dans le soir venu
Leur rancune allée.

Mais nuit qui se fait
Sur le monde rouge,
Où plus rien ne bouge
Dans le jour allé,

Qu'or dans le ciel nu
En l'air qui voyage,
Lors de commérages
Mégères repues,

C'est corneilles tues,
Au clocher rentrées,
Que le hibou hue
Dans l'ombre montée.

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Paroisse du vent
Et rue de la mer,
Dans le matin clair
D'embruns délavée,

Dévote, marchande,
Trafiquante et gaie
Blanche de servantes
Dès le jour monté,

On y vend l'anchois,
La sole et la raie,
Et la plie au choix
Ou vive, ou fumée;

Puis cloches sonnant
Les messes premières,
À rires dans l'air
Ainsi qu'envolés,

Rioses les Jésus,
Blanches les Maries,
Dans leurs niches nues
Ou de fleurs ornées,

C'est vie prenant cours
Négoce et prières,
Et dit tout d'amour
Le jour commencé.

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Et maintenant nuit
Qui vient étoilée,
Et lune qui luit
Dans le ciel montée,

C'est dans le sommeil
La vie qui se tait,
Lumières qui veillent
Aux maisons fermées,

Rideaux descendus
Et volets baissés,
Et pavés à nu
Lors tus et muets.

Or silence en l'ombre,
Finie la journée,
C'est le jour allé
Comme nef qui sombre,

Et le fleuve au loin
Là-bas et qui chante
En les heures lentes,
Puis dans l'air marin

Le vent lors aussi
Suivant sa coutume,
Sur les toits qui fument
Qui passe transi.

Or comme il en est
Lors des choses dites,
En l'oubli qui naît
Des heures allées,

Dans le temps donné
Que la vie nous quitte,
En la rue tacite,
C'est la nuit qui paît,

Dans ta rue Saint-Paul,
Celle où tu es né,
Un matin de Mai
À la marée haute,

Dans la rue Saint-Paul,
Blanche comme un pôle,
Et dont tu fus l'hôte,
Pendant des années.

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Mais lors dans le vent
Rue qui fait commerce,
Tonneaux mis en perce,
Et coffres s'ouvrant,

Laines d'Astrakan
Ou tapis de Perse,
Choses que l'on vend
C'est le cuir qu'il sent.

Or fûts de Bordeaux,
Aimes de Coblence,
Corne sèche et peaux
Crues de La Plata,

Qu'on place aux plateaux
Chaînés des balances
De face ou de dos,
En vrac et en tas,

Monsieur Picalon
Lui dans sa boutique,
Monsieur Picalon
Lui qui vend des clous,

Des scies, des rabots,
La sert sa pratique,
De gais matelots
Qui veulent de tout.

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