Je n'ai plus de ville, Elle est soûle
Et pleine de coeurs renégats,
Aux tavernes de Golgotha,
J'en suis triste jusqu'à la mort ;
Je n'ai plus de ville, Elle est soûle.

Mon Dimanche est mort pour de bon ;
Dans les armoires de mes torts
Mes robes ont changé de ton,
Vides, les robes de ma mort
Sont mortes et pour tout de bon.

Et sont mortes les bien-aimées ;
Et ma seule religion,
Aux huiles d'extrême-onction,
Va mourir loin des bien-aimées ;
La mort meurt et les bien-aimées.

Et tout vit, pour que bien s'annule
La chair dans les robes qui brûlent,
Où les baisers même sont mal ;
Et tout vit, pour que bien s'annule
La chair dans les robes qui brûlent.

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Or qu'il soit de vivre
Comme il plaît à Dieu,
Mais toi qui te livres
Au tabac et veux

Fumer Saint-Omer
Ou Porto-Rico,
Va chez Dame Claire
Qui en a pleins pots.

Puis Roisin aussi
Et mis en paniers
Tabac de Paris
Qu'on fume aux Gambiers,

Et Saint-Vincent noir
Qui gratte au gosier,
Cher aux mariniers
Parce qu'il fait boire ;

Mais toi qui préfères
Rouler le papier,
Pour ton Maryland
Va chez Dame Claire,

Et choisis le clair,
Et prends le bon temps,
À l'élire blond
Et coupé en long.

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Or bleu disant l'août
Au commun des jours,
Corneilles qui rouent
En haut sur la tour,

Puis l'heure sonnant
Partent sur leurs ailes,
Quittant les auvents
Crier dans le ciel,

Comme de gros mots
Plus aigres qu'airelles
Dits tout en voyelles
Suivant leur argot,

Corneilles peu sages,
Et même un peu folles,
Vivant en veuvage
Et qui s'en consolent,

Dans le ciel en blond
Sur le prieuré,
A tourner en rond
Autour du clocher,

C'est de choses vues
De les raconter,
Dans le soir venu
Leur rancune allée.

Mais nuit qui se fait
Sur le monde rouge,
Où plus rien ne bouge
Dans le jour allé,

Qu'or dans le ciel nu
En l'air qui voyage,
Lors de commérages
Mégères repues,

C'est corneilles tues,
Au clocher rentrées,
Que le hibou hue
Dans l'ombre montée.

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Paroisse du vent
Et rue de la mer,
Dans le matin clair
D'embruns délavée,

Dévote, marchande,
Trafiquante et gaie
Blanche de servantes
Dès le jour monté,

On y vend l'anchois,
La sole et la raie,
Et la plie au choix
Ou vive, ou fumée;

Puis cloches sonnant
Les messes premières,
À rires dans l'air
Ainsi qu'envolés,

Rioses les Jésus,
Blanches les Maries,
Dans leurs niches nues
Ou de fleurs ornées,

C'est vie prenant cours
Négoce et prières,
Et dit tout d'amour
Le jour commencé.

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Et maintenant nuit
Qui vient étoilée,
Et lune qui luit
Dans le ciel montée,

C'est dans le sommeil
La vie qui se tait,
Lumières qui veillent
Aux maisons fermées,

Rideaux descendus
Et volets baissés,
Et pavés à nu
Lors tus et muets.

Or silence en l'ombre,
Finie la journée,
C'est le jour allé
Comme nef qui sombre,

Et le fleuve au loin
Là-bas et qui chante
En les heures lentes,
Puis dans l'air marin

Le vent lors aussi
Suivant sa coutume,
Sur les toits qui fument
Qui passe transi.

Or comme il en est
Lors des choses dites,
En l'oubli qui naît
Des heures allées,

Dans le temps donné
Que la vie nous quitte,
En la rue tacite,
C'est la nuit qui paît,

Dans ta rue Saint-Paul,
Celle où tu es né,
Un matin de Mai
À la marée haute,

Dans la rue Saint-Paul,
Blanche comme un pôle,
Et dont tu fus l'hôte,
Pendant des années.

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Mais lors dans le vent
Rue qui fait commerce,
Tonneaux mis en perce,
Et coffres s'ouvrant,

Laines d'Astrakan
Ou tapis de Perse,
Choses que l'on vend
C'est le cuir qu'il sent.

Or fûts de Bordeaux,
Aimes de Coblence,
Corne sèche et peaux
Crues de La Plata,

Qu'on place aux plateaux
Chaînés des balances
De face ou de dos,
En vrac et en tas,

Monsieur Picalon
Lui dans sa boutique,
Monsieur Picalon
Lui qui vend des clous,

Des scies, des rabots,
La sert sa pratique,
De gais matelots
Qui veulent de tout.

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Et puis après, voici un ange,
Un ange en blanc, un ange en bleu,
Avec sa bouche et ses deux yeux,
Et puis après voici un ange,

Avec sa longue robe à manches,
Son réseau d'or pour ses cheveux,
Et ses ailes pliées en deux,
Et puis ainsi voici un ange,

Et puis aussi étant dimanche,
Voici d'abord que doucement
Il marche dans le ciel en long
Et puis aussi étant dimanche,

Voici qu'avec ses mains il prie
Pour les enfants dans les prairies,
Et qu'avec ses yeux il regarde
Ceux de plus près qu'il faut qu'il garde ;

Et tout alors étant en paix
Chez les hommes et dans la vie,
Au monde ainsi de son souhait,
Voici qu'avec sa bouche il rit.

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Le consul anglais
Y met son drapeau,
Le consul anglais
Le jour de la Reine,

De gais matelots
Leur couteau au dos,
Y passent farauds
Toute la semaine,

Jean le Hollandais
Quand c'est mai y vient,
Ses paniers aux mains,
La vendre la fraise,

Jean le Hollandais
Parti de Breda
Avec à ses pieds,
Les sabots qu'il a ;

Puis tout soleil, Août,
Dans le ciel qui pèse,
Odorant la graisse,
La bière et le moût,

Sortis les Géants,
Gens bus et kermesse,
Sur leurs chars roulant
Les dieux qui se dressent :

On voit Antigon,
On voit la Baleine
Et nu Cupidon
Sur son dos assis,

Et gais les Dauphins,
Et la Nave pleine,
De joyeux marins
Qui poussent des cris ;

Puis soir advenu
Violons éteints,
Accordéons tus,
Tout sentant le vin,

Lors voix haut montées
Dans la nuit qui pâme,
Musiques allées
Et dehors les femmes,

Sortis les couteaux
Qu'appelle la chair,
C'est de face ou dos
A la mort qui vient,

Amour matelot,
Amour de marins,
Même en le sang clair
Qui trouve son bien,

Et dans la nuit chaude
Lune qui s'incarne
Mort ou vie qui rôde
Sans cris et sans larmes.

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Et tout au fond du domaine loin,
Où sont celles que l'on aime bien,
La plus aimée me pleure, perdue
De ma mort aux semaines venue ;
La plus aimée de mon coeur s'attriste
Et plonge ainsi que des fleurs ses mains
Aux sources de ses yeux de chagrin,
La bien-aimée de mon coeur s'attriste.

Et tout au fond du domaine loin,
La bien-aimée a mis ses patins,
Se sentant dans le coeur de la glace,
Et loin vers moi s'efforce et se lasse ;
La bien-aimée accroche aux vitraux
De la chapelle d'où l'on voit loin,
Avec le pain, le sel et les anneaux,
Ma pauvre âme, elle, qui ne meurt point.

Et tout au fond du domaine loin,
La bien-aimée ne pleurera plus
Les beaux jours de fêtes révolus,
Aux bagues de famille à ses mains ;
La bien-aimée m'a vu comme un saint
Promettant un éternel dimanche
Aux âmes enfantines et blanches,
Et tout au fond d'un domaine loin.

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Or Août qui apporte
Ici l'étranger,
Orgueil qui fait portes
Blanches, murs chaulés,

Orangers qu'on sort
Verts, sur les terrasses,
Pavillons dehors
De toutes les races,

Gens lors qui s'en vont
Anneaux aux chevilles,
Venus de Luçon
De l'Inde et des îles,

C'est choses qu'on vend,
Indous plumes teintes,
Et soieries éteintes
Juifs et d'Orient.

Mais matelots gais,
En chantant qui passent,
Sur leur main posé
Un perroquet blanc,

Ou bien dans leurs bras
Une guenon lasse,
Et désabusée
Qui grince des dents,

Puis Singhalais noirs
Offrant des cauris,
Enfilées, des fruits,
Et des dents d'ivoire,

Rue alors dans l'air
Qui sent les tropiques,
Et gens qui trafiquent
Sous le soleil clair,

C'est le ciel plus loin
Là-bas qui se mire,
Dans l'eau des bassins
Où sont les navires.

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