AUTEUR ANONYME (0-0) : A mes côtés j'ai deux rosiers

A mes côtés j'ai deux rosiers
A mes côtés j'ai deux rosiers
Qui portent roses au mois de mai
Qui portent roses au mois de mai
Mes beaux rosiers entrez dans la danse
Mes beaux rosiers entrez dans la danse
Embrassez qui vous voudrez
Embrassez qui vous voudrez.

Alphonse ALLAIS (1854-1905) : Le châtiment de la cuisson appliqué aux imposteurs

Chaque fois que les gens découvrent son mensonge,
Le châtiment lui vient, par la colère accru.
" Je suis cuit, je suis cuit ! " gémit-il comme en songe.

Le menteur n'est jamais cru.

AUTEUR ANONYME (0-0) : La Julie où est-elle ?

La Julie où est-elle ?
Dans sa chambrette.
Que fait-elle ?
Des dentelles.
Pour qui ?
Pour son petit.
Où est-il ?
A la cave.
Que fait-il ?
Il boit du vin.
Qui lui donne ?
Son parrain !

Félix ARVERS (1806-1850) : A mon ami ***

Tu sais lamour et son ivresse
Tu sais lamour et ses combats ;
Tu sais une voix qui tadresse
Ces mots dineffable tendresse
Qui ne se disent que tout bas.

Sur un beau sein, ta bouche errante
Enfin a pu se reposer,
Et sur une lèvre mourante
Sentir la douceur enivrante
Que recèle un premier baiser

Maître de ces biens quon envie
Ton cur est pur, tes jours sont pleins !
Esclave à tes vux asservie,
La fortune embellit ta vie
Tu sais quon taime, et tu te plains !

Et tu te plains ! et texagères
Ces vagues ennuis dun moment,
Ces chagrins, ces douleurs légères,
Et ces peines si passagères
Quon ne peut souffrir quen aimant !

Et tu pleures ! et tu regrettes
Cet épanchement amoureux !
Pourquoi ces maux que tu tapprêtes ?
Garde ces plaintes indiscrètes
Et ces pleurs pour les malheureux !

Pour moi, de qui lâme flétrie
Na jamais reçu de serment,
Comme un exilé sans patrie,
Pour moi, quune voix attendrie
Na jamais nommé doucement,

Personne qui daigne mentendre,
A mon sort qui saigne sunir,
Et minterroge dun air tendre,
Pourquoi je me suis fait attendre
Un jour tout entier sans venir.

Personne qui me recommande
De ne rester que peu dinstants
Hors du logis ; qui me gourmande
Lorsque je rentre et me demande
Où je suis allé si longtemps.

Jamais dhaleine caressante
Qui, la nuit, vienne membaumer ;
Personne dont la main pressante
Cherche la mienne, et dont je sente
Sur mon cur les bras se fermer !

Une fois pourtant quatre années
Auraient-elles donc effacé
Ce que ces heures fortunées
Dillusions environnées
Au fond de mon âme ont laissé ?

Oh ! cest quelle était si jolie !
Soit quelle ouvrit ses yeux si grands,
Soit que sa paupière affaiblie
Comme un voile qui se déplie
Éteignit ses regards mourants !

– Josai concevoir lespérance
Que les destins moins ennemis,
Prenant pitié de ma souffrance,
Viendraient me donner lassurance
Dun bonheur quils auraient permis :

Lheure que javais attendue,
Le bonheur que javais rêvé
A fui de mon âme éperdue,
Comme une note suspendue,
Comme un sourire inachevé !

Elle ne sest point souvenue
Du monde qui ne la vit pas ;
Rien na signalé sa venue,
Elle est passée, humble, inconnue,
Sans laisser trace de ses pas.

Depuis lors, triste et monotone,
Chaque jour commence et finit :
Rien ne mémeut, rien ne métonne,
Comme un dernier rayon dautomne
Japerçois mon front qui jaunit.

Et loin de tous, quand le mystère
De lavenir sest refermé,
Je fuis, exilé volontaire !
– Il nest quun bonheur sur la terre,
Celui daimer et dêtre aimé.

AUTEUR ANONYME (0-0) : Marions-nous charmante rose

Marions-nous charmante rose
Marions-nous car il est temps
Belle rose charmante rose
Marions-nous car il est temps
Belle rose du printemps.

Michel ALTAROCHE (1811-1884) : La fête à l'Hôtel de Ville

19 juin 1837

Accourez vite à nos splendides fêtes !
Ici banquets, là concert, ailleurs bal.
Les diamants rayonnent sur les têtes,
Le vin rougit les coupes de cristal.
Ce luxe altier qui partout se déroule,
Le peuple va le payer en gros sous.
Municipaux, au loin chassez la foule.
Amusons-nous !

Quel beau festin ! mets précieux et rares,
Dont à prix d'or on eut chaque morceau,
Vins marchandés aux crus les plus avares
Et que le temps a scellés de son sceau…
Quel est ce bruit ?… – Rien, c'est un prolétaire
Qui meurt de faim à quelques pas de vous.
– Un homme mort ?… C'est fâcheux ! Qu'on l'enterre.
Enivrons-nous !

Voici des fruits qu'à l'automne
Vole à grand frais l'été pour ces repas :
Là, c'est l'Aï dont la mousse écumeuse
Suit le bouchon qui saute avec fracas…
Qu'est-ce ?… un pétard que la rage éternelle
Des factieux ? – Non, non, rassurez-vous !
Un commerçant se brûle la cervelle…
Enivrons-nous !

Duprez commence… Ô suaves merveilles !
Gais conviés, désertez vos couverts.
C'est maintenant le bouquet des oreilles ;
On va chanter pour mille écus de vers.
Quel air plaintif vient jusqu'en cette enceinte ?…
Garde, alerte ! En prison traînez tous
Ce mendiant qui chante une complainte…
Enivrons-nous !

Femmes, au bal ! La danse vous appelle ;
Des violons entendez les accords.
Mais une voix d'en haut nous interpelle .
Tremblez ! tremblez ! vous dansez sur les morts
Ce sol maudit que votre valse frôle,
Le fossoyeur le foulait avant nous… "
Tant mieux ! la terre est sous nos pieds plus molle.
Trémoussez-vous !

Chassons bien loin cette lugubre image
Qui du plaisir vient arrêter l'essor.
Déjà pâlit sous un autre nuage
Notre horizon de parures et d'or.
C'est Waterloo… Pardieu, que nous importe !
Quand l'étranger eut tiré les verroux,
On nous a vu entrer par cette porte…
Trémoussez-vous !

Çà, notre fête est brillante peut-être ?
Elle a coûté neuf cent vingt mille francs.
Qu'en reste-t-il ? Rien… sur une fenêtre,
Au point du jour, des lampions mourants.
Quand le soleil éclairera l'espace,
Cent mobiliers seront vendus dessous.
Vite, aux recors, calèches, faites place…
Éloignons-nous !

AUTEUR ANONYME (0-0) : Ran plan plan

Ran plan plan
J'ai perdu mes gants
Ma baguette d'or
Mon flacon d'argent
Saint Antoine
Demandait à boire
Son petit cochon
Demandait du son
Sa petite fille
Joue de la béquille
Son petit garçon
Joue du violon.

Louis AUDIAT (1826-0) : Démolissons

Improductifs !… Cercueils, plombs, pierres sépulcrales,
Os même, l'industrie en saura bien user !
Que du passé nos mains déchirent les annales !
Le Progrès vient, ces murs l'empêchent de passer :

Roulez, antiques ponts ! à bas, tours féodales !
Il nous faut des débris pour nous mieux exhausser,
Nous nous croirons plus grands de taille et de penser
Quand rien ne montera plus haut que nos sandales. […]

AUTEUR ANONYME (0-0) : Un pou une puce

Un pou une puce
Sur un tabouret
Qui se disputent
En jouant au piquet
La puce en colère
Lui tira les cheveux
Et lui dit : Mon vieux
Tu n'es qu'un pouilleux.

Félix ARVERS (1806-1850) : A Alfred de Musset

Hélas ! qui ta si jeune enseigné ces mystères
Et toutes ces douleurs du pauvre cur humain ?
Quel génie au milieu des sentiers solitaires,
Au sortir du berceau ta conduit par la main ?

O chantre vigoureux, ô nature choisie !
Quel est lesprit du Ciel qui temporte où tu veux ?
Quel souffle parfumé de sainte poésie
Soulève incessamment lor de tes blonds cheveux ?

Quel art mystérieux à ton vers prophétique
Mêla tant de tristesse et de sérénité ?
Quel artiste divin, comme au lutteur antique,
Te donna tant de force avec tant de beauté ?