Archives de catégorie : Poêtes classiques

Niobé, tes enfants jadis furent heureux
D'avoir été changés en rochers et en pierre,
Avant que la beauté qui me livre la guerre
Eût fait voir en naissant des effets amoureux.

Car, depuis que ses yeux, ces astres rigoureux,
Eurent de feux, d'attraits, rempli l'air et la terre,
Il n'est rien de vivant que son regard n'enferre
Et ne fasse mourir chétif et langoureux.

Que n'ai-je vu Méduse au lieu de son visage !
Las ! Je serais exempt du tourment qui m'outrage,
M'ayant changé en roc où la mort ne peut rien.

Donc pensant à Gorgone et à sa face extrême,
On devrait souhaiter qu'elle eût pour notre bien
Ou l'oeil aussi hideux ou le pouvoir de même.

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L'ombre
Suit
Sombre
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.

Tranquille
L'air pur
Distille
L'azur ;
Le sage
Engage
Voyage
Bien sûr !

L'atmosphère
De la fleur
Régénère
La senteur,
S'incorpore,
Evapore
Pour l'aurore
Son odeur.

Parfois la brise
Des verts ormeaux
Passe et se brise
Aux doux rameaux ;
Au fond de l'âme
Qui le réclame
C'est un dictame
Pour tous les maux !

Un point se déclare
Loin de la maison,
Devient une barre ;
C'est une cloison ;
Longue, noire, prompte,
Plus rien ne la dompte,
Elle grandit, monte,
Couvre l'horizon.

L'obscurité s'avance
Et double sa noirceur ;
Sa funeste apparence
Prend et saisit le coeur !
Et tremblant il présage
Que ce sombre nuage
Renferme un gros orage
Dans son énorme horreur.

Au ciel, il n'est plus d'étoiles
Le nuage couvre tout
De ses glaciales voiles ;
Il est là, seul et debout.
Le vent le pousse, l'excite,
Son immensité s'irrite ;
A voir son flanc qui s'agite,
On comprend qu'il est à bout !

Il se replie et s'amoncelle,
Resserre ses vastes haillons ;
Contient à peine l'étincelle
Qui l'ouvre de ses aquilons ;
Le nuage enfin se dilate,
S'entrouvre, se déchire, éclate,
Comme d'une teinte écarlate
Les flots de ses noirs tourbillons.

L'éclair jaillit ; lumière éblouissante
Qui vous aveugle et vous brûle les yeux,
Ne s'éteint pas, la sifflante tourmente
Le fait briller, étinceler bien mieux ;
Il vole ; en sa course muette et vive
L'horrible vent le conduit et l'avive ;
L'éclair prompt, dans sa marche fugitive
Par ses zigzags unit la terre aux cieux.

La foudre part soudain ; elle tempête, tonne
Et l'air est tout rempli de ses longs roulements ;
Dans le fond des échos, l'immense bruit bourdonne,
Entoure, presse tout de ses cassants craquements.
Elle triple d'efforts ; l'éclair comme la bombe,
Se jette et rebondit sur le toit qui succombe,
Et lé tonnerre éclate, et se répète, et tombe,
Prolonge jusqu'aux cieux ses épouvantements.

Un peu plus loin, mais frémissant encore
Dans le ciel noir l'orage se poursuit,
Et de ses feux assombrit et colore
L'obscurité de la sifflante nuit.
Puis par instants des Aquilons la houle
S'apaise un peu, le tonnerre s'écoule,
Et puis se tait, et dans le lointain roule
Comme un écho son roulement qui fuit ;

L'éclair aussi devient plus rare
De loin en loin montre ses feux
Ce n'est plus l'affreuse bagarre
Où les vents combattaient entre eux ;
Portant ailleurs sa sombre tête,
L'horreur, l'éclat de la tempête
De plus en plus tarde, s'arrête,
Fuit enfin ses bruyants jeux.

Au ciel le dernier nuage
Est balayé par le vent ;
D'horizon ce grand orage
A changé bien promptement ;
On ne voit au loin dans l'ombre
Qu'une épaisseur large, sombre,
Qui s'enfuit, et noircit, ombre
Tout dans son déplacement.

La nature est tranquille,
A perdu sa frayeur ;
Elle est douce et docile
Et se refait le coeur ;
Si le tonnerre gronde
Et de sa voix profonde
Là-bas trouble le monde,
Ici l'on n'a plus peur.

Dans le ciel l'étoile
D'un éclat plus pur
Brille et se dévoile
Au sein de l'azur ;
La nuit dans la trêve,
Qui reprend et rêve,
Et qui se relève,
N'a plus rien d'obscur.

La fraîche haleine
Du doux zéphir
Qui se promène
Comme un soupir,
A la sourdine,
La feuille incline,
La pateline,
Et fait plaisir.

La nature
Est encor
Bien plus pure,
Et s'endort ;
Dans l'ivresse
La maîtresse,
Ainsi presse
Un lit d'or.

Toute aise,
La fleur
S'apaise ;
Son coeur
Tranquille
Distille
L'utile
Odeur.

Elle
Fuit,
Belle
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.

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Certes, il n'aimait pas à la façon des hommes,
Avec des tresses d'or, des roses ou des pommes,
Depuis que t'ayant vue, ô fille de la Mer,
Le désir le mordit au coeur d'un trait amer.
Il t'aimait, Galatée, avec des fureurs vraies ;
Laissant le lait s'aigrir et sécher dans les claies,
Oubliant les brebis laineuses aux prés verts,
Et se souciant peu de l'immense Univers.
Sans trêve ni repos, sur les algues des rives,
Il consumait sa vie en des plaintes naïves,
Interrogeait des flots les volutes d'azur,
Et suppliait la Nymphe au coeur frivole et dur,
Tandis que sur sa tête, à tout vent exposée,
Le jour versait sa flamme et la nuit sa rosée,
Et qu'énorme, couché sur un roc écarté,
Il disait de son mal la cuisante âcreté :

Plus vive que la chèvre ou la fière génisse,
Plus blanche que le lait qui caille dans l'éclisse,
O Galatée, ô toi dont la joue et le sein
Sont fermes et luisants comme le vert raisin !
Si je viens à dormir aux cimes de ces roches,
A la pointe du pied, furtive, tu m'approches ;
Mais, sitôt que mon oeil s'entr'ouvre, en quelques bonds,
Tu m'échappes, cruelle, et fuis aux flots profonds !
Hélas ! je sais pourquoi tu ris de ma prière :
Je n'ai qu'un seul sourcil sur ma large paupière,
Je suis noir et velu comme un ours des forêts,
Et plus haut que les pins ! Mais, tel que je parais,
J'ai des brebis par mille, et je les trais moi-même :
En automne, en été, je bois leur belle crème ;
Et leur laine moelleuse, en flocons chauds et doux,
Me revêt tout l'hiver, de l'épaule aux genoux.
Je sais jouer encore, ô Pomme bien aimée,
De la claire syrinx, par mon souffle animée :
Nul Cyclope, habitant l'Ile aux riches moissons,
N'a tenté jusqu'ici d'en égaler les sons.
Veux-tu m'entendre, ô Nymphe, en ma grotte prochaine ?
Viens, laisse-toi charmer, et renonce à ta haine :
Viens ! Je nourris pour toi, depuis bientôt neuf jours,
Onze chevreaux tout blancs et quatre petits ours !
J'ai des lauriers en fleur avec des cyprès grêles,
Une vigne, une eau vive et des figues nouvelles ;
Tout cela t'appartient, si tu ne me fuis plus !
Et si j'ai le visage et les bras trop velus,
Eh bien ! je plongerai tout mon corps dans la flamme,
Je brûlerai mon oeil qui m'est cher, et mon âme !

Si je savais nager, du moins ! Au sein des flots
J'irais t'offrir des lys et de rouges pavots.
Mais, vains souhaits ! J'en veux à ma mère : c'est elle
Qui, me voyant en proie à cette amour mortelle,
D'un récit éloquent n'a pas su te toucher.
Vos coeurs à toutes deux sont durs comme un rocher !
Cyclope, que fais-tu ? Tresse en paix tes corbeilles,
Recueille en leur saison le miel de tes abeilles,
Coupe pour tes brebis les feuillages nouveaux,
Et le temps, qui peut tout, emportera tes maux !

C'est ainsi que chantait l'antique Polyphème ;
Et son amour s'enfuit avec sa chanson même,
Car les Muses, par qui se tarissent les pleurs,
Sont le remède unique à toutes nos douleurs.

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Enfin j'ai secoué la poussière des villes ;
J'habite les champs parfumés.
Je me sens vivre ici, dans ces cantons tranquilles,
Sur ces bords que j'ai tant aimés.

L'ennui me consumait dans tes vieilles murailles,
O noble cité de Champlain !
Je ne suis pas, vois-tu, l'enfant de tes entrailles,
Je ne suis pas né châtelain.

Je suis né dans les champs ; je suis fils de la brise
Qui passe en caressant les fleurs ;
Je souris à la digue où le torrent se brise
Avec d'impuissantes clameurs.

Mes premières amours, douces fleurs des vallées,
N'ont-elles pas été pour vous ?
Pour vous, rocs au front nu, forêts échevelées,
Vagues des fleuves en courroux ?

Pour vous, petits oiseaux qui semez, à l'aurore,
Les doux accords de votre voix ?
Et pour vous, diamants qu'égrène un vent sonore,
Après l'orage, sous les bois ?

Je souffrais dans ces murs où s'entasse la foule,
Où l'herbe ne reverdit pas,
Où la fleur s'étiole, où la poussière roule
Comme pour effacer nos pas.

J'avais bien assez vu comme le fort repousse
Le faible à son boulet rivé,
Comme de son orgueil la sottise éclabousse
L'esprit qui monte du pavé.

Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre,
Et mes chants étaient suspendus.
Je ne retrouvais point le souffle qui m'inspire,
Et je pleurais les jours perdus.

Il me fallait revoir, au milieu de la plaine,
Ou sur le penchant du coteau,
Le laboureur qui rêve à la moisson prochaine
En ouvrant un sillon nouveau.

Il me fallait l'odeur du foin qui se dessèche
Sur le sol où passe la faux,
L'odeur du trèfle mûr que flairent dans la crèche,
En hennissant, les fiers chevaux.

Il me fallait le jour, pour voir combien de voiles
S'ouvrent blanches sur le flot bleu ;
Il me fallait la nuit, pour voir combien d'étoiles
S'allument sous les pieds de Dieu.

Il me fallait encore entendre l'harmonie
Des nids que berce le rameau,
Il me fallait entendre encor la voix bénie
Des vieux clochers de mon hameau,

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Parmi des chênes, accoudée
Sur la colline au vert gazon,
Se dresse la blanche maison,
De chèvrefeuille enguirlandée.

A la fenêtre, où dans des pots,
Fleurit la pâle marguerite,
Soupire une autre Marguerite :
Mon coeur a perdu son repos…

Le lin moule sa gorge plate
Riche de candides aveux,
Et la splendeur de ses cheveux
Ainsi qu'un orbe d'or éclate.

Va-t-elle murmurer mon nom ?
Irons-nous encor sous les graves
Porches du vieux burg des burgraves ?
Songe éteint, renaîtras-tu ? – non !

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A M. Bertrand, pour le remercier de l'accueil tout…
évangélique qu'il m'a fait dans ses bureaux du Patriote.

Quand les nouveau-nés, en leurs langes
Dorment sur les bras des marraines
Tels, de doux et blonds petits anges
Tombés des étoiles sereines
Digue digue dig, digue digue don !
Chante aux enfançons le grand carillon
Digue digue dig, digue digue don !
Pour qu'on vous baptise
Casquez, casquez donc !…

Quand sous les cieux des épousailles
Où le soleil d'amour scintille,
S'envolent des coeurs, les grisailles
Et s'en va le gars vers la fille.
Digue digue dig, digue digue don !
Chante aux amoureux le grand carillon
Digue digue dig, digue digue don !
Pour qu'on vous marie
Casquez, casquez donc ! …

Quand s'éteignent comme des cierges,
Les grands-pères et les grand'mères
Et que gisent, emmi les serges
Des linceuls, leurs corps éphémères.
Digue digue dig, digue digue don !
Chante aux trépassés le grand carillon
Digue digue dig, digue digue don !
Pour qu'on vous enterre
Casquez, casquez donc !…

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Me voici seul enfin, tel que je devais l'être :
Les jours sont révolus.
Ces dévouements couverts que tu faisais paraître
Ne me surprendront plus.

Le mal que tu m'as fait et ton affreux délire
Et ses pièges maudits,
Depuis longtemps déjà les cordes de la lyre
Me les avaient prédits.

Au vent de ton malheur tu n'es en quelque sorte
Qu'un fétu ballotté ;
Mais j'accuse surtout celui qui se comporte
Contre sa volonté.

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Icare est chu ici, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Ici tomba son corps degarni de plumage,
Laissant tous braves coeurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d'un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage !
Ô bienheureux malheur, plein de tant d'avantage
Qu'il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n'étonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse ;
Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,
Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau ?

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Tu es le rien, fortune : et si es toute chose,
Rien, parce que de rien toutes choses se font,
Tout, parce que dans toi les choses se défont ;
Bref, tu es tout et rien, et leur métamorphose :

Mais ce n'est pas par toi que j'aime ces beaux yeux,
Qui me vont tempêtant sur un ardent Neptune :
Si j'aimais par hasard, le sort audacieux
Éteindrait quelquefois mon feu pernicieux :
Puisqu'il est immortel, ce n'est pas par fortune.

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Que servirait nier chose si reconnue ?
Je l'avoue, il est vrai, mon amour diminue,
Non pour objet nouveau qui me donne la loi,
Mais c'est que vos façons sont trop froides pour moi.
Vous avez trop d'égard, de conseil de sagesse,
Mon humeur n'est pas propre à si tiède maîtresse.
Je suis impatient, aveugle et furieux.
Pour aimer comme moi, trop clairs sont vos beaux yeux.
Toute chose vous trouble et vous rend éperdue,
Une vaine rumeur sans sujet épandue,
Le regard d'un passant, le caquet d'un voisin,
Quelque parent de loin, un beau-frère, un cousin,
De mille étonnements laissent votre âme atteinte.
Vos femmes seulement vous font pâlir de crainte,
Et quand de mes travaux j'attends quelque loyer,
Le temps en ces frayeurs se voit tout employer !
D'une flèche trop mousse Amour vous a blessée,
Il faut à mes fureurs quelque amante insensée,
Qui mourant chacun jour me livre cent trépas,
Qui m'ôte la raison, le somme et le repas,
Qui craigne de me perdre, et qui me fasse craindre,
Qui toujours se complaigne, ou qui m'écoute plaindre,
Qui se jette aux dangers et qui m'y jette aussi,
Qui transisse en l'absence, et que j'en sois ainsi,
Qui m'occupe du tout, que tout je la retienne,
Et qu'un même penser notre esprit entretienne :
Voilà les passetemps que je cherche en aimant,
J'aime mieux n'aimer point que d'aimer tièdement…

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