Une dictée pour Pivot

DICTÉE (trouvée dans un vieil almanach) :

 Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.

De ce mariage, est né un fils aux yeux pers.
Monsieur est le père, Madame est la mère.
Les deux font la paire.

Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère.
Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.

Aucun des deux n’est maire.
N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.
Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.

La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd.
Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.

Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y perd ! »

FIN

PARIS

Il parait que Paris
est la plus belle ville du monde.
C’est possible…
Mais moi, j’en sais rien,
j’y habite !

HISTOIRE D’EN RIRE

Yvette venait d’accoucher.
Et comme Lucien, son mari
était aussi inculte que celle-ci,
ils avaient oublié
de trouver un prénom
pour le dernier venu à la maison.
Ils prirent alors le calendrier des Postes,
se tinrent la main,
rejoignirent leurs index respectifs
pour n’en faire plus qu’un,
fermèrent les yeux,
et posèrent leur index au hasard.
C’était décidé,
leur enfant s’appellerait à présent:

Fête Nationale.

PAUVRE DE MOINE !

Il était vêtu d’une soutane,
mais personne ne l’aimait,
car il était nouveau
dans le monastère de Chimay,
petite ville de Belgique.
Tout les moines se moquaient de lui.
Ils le narguaient tellement qu’un jour,
il en bafouilla et dit tout haut:
L’abbé ne fait pas le moine !
Et tout le monde rigola.

LES AVENTURES DE BERNARD LE CANARD

Par un matin d’été
Bernard le canard, remuait du popotin
sur le lac de Vincennes.
Il pataugeait, piquait des têtes,
battait des pattes,
lorsque la belle Zoé,
la canne du quartier,
vint le chercher.
Et comme il ne voulait pas venir,
elle décidait de prendre les devants.
Dis-moi Nanard, tu sais,
ton numéro d’ danseuse aquatique:
Il casse pas trois pattes à un canard !
Et elle se mit à rire…
Que dirais-tu de venir au grand festival,
le Festival de Cannes ?
Et bien à vrai dire,
ou à dire vrai,
je n’y avais jamais songé.
Alors bon, pourquoi pas ?…
Et ben c’est cool mon p’tit canard boiteux !
Fais tes valoches, on part à deux !

Douze heures plus tard,
arrivés à Cannes,
nos deux fêtards se sont rendus
dans un restaurant italien
où ils ont mangé une assiette de cannelloni.
Puis ils sont partis goutter des feuilles de cannabis
fraîchement coupées avec le petit canif
que tante Gertrude avait offert au canard de service.
Mais avec tout ça,
les deux canailles
avaient été tellement décalqués
qu’ils en avaient oublié
le pourquoi de leur venue.

C’est alors qu’à peine réveillée,
Zoé se rapprocha tendrement de Bernard,
et lui glissa dans l’oreille:
Dis, mon vilain p’tit canard,
tu m’fais perdre la tête !
Et à caus’ de toi, j’suis tombé sur un bec !
J’ai raté le spectacle
où j’aurais pu rafler
une nouvelle prothèse,
la merveille des merveilles,
le trésor des trésors:

La célèbre palme d’or.

DESOLATION SURHUMAINE

Avez-vous déj vu au cinéma,
dans les films de guerre
ou les films catastrophe,
comme la musique adoucit les morts ?

LE TRIANGLE DES BERMUDAS FEMININS

L où tous les bâtons ont coulé
L où tant d’organes ont pleuré
Je me suis perdu
Comme tant d’autres
Dans ce triangle incomparable
De cette fille invulnérable
Qui n’était autre que …

L’eunuque de tout l’heure !…

LA HAIE D’HONNEUR

Le téléphone est pratique
Le Minitel fantastique
Mais comme le dit Brigitte:
“ Avec ou sans fil,
Le téléphone s’enfile !… ”

DISPARITION REGRETTEE

Un eunuque en chaleur
Contemple le bonheur oublié
Qui jadis faisait peur,
Peur en rigoler
Et en pleurer aussi
Il se regardait dans le miroir
Seul, un soir
Un soir de pleine lune
Et sans raison aucune,
Il se mit rire, rire,
A rire aux éclats
Puis, le souvenir vint perturber
Cette solitude juvénile
Qu’il avait prohibé
De son slip en vinyle
Sa mine changea de mine,
Son rire s’évapora
Lorsque la nostalgie
S’empara de lui
L’eunuque versatile
Désormais infertile
Songeait son organe érectile
Il se regardait, de haut en bas,
De bas en haut
Et puis se disait, tout bas
Que ça sonnait faux
Un corps d’homme
Des seins de femme
Un sexe intérieur
Dans sa tête, dans son coeur
Il avait froid et peur
Peur de se qu’il sera
Peur de se qu’il deviendra
Dans son monde trop étroit
Où les gens dilapident
L’intransigeance stupide
D’une société égoïste
Et je-m’en-foutiste

LA SEXUALITE DES MOUCHES SUISSES DES ALPES

Je m’en vais vous compter
une histoire fantastique,
expliquant la sexualité
des mouches helvétiques.
Il fût un temps,
bien lointain naguère,
où une mouche d’antan
faisait sa prière.
Elle était accroupie
sur une crotte de bique
invoquant sa myopie
au grand dieu des lombrics.

C’était quelque chose comme ça:

“ Oh, Dieu des lombrics…
qu’ai-je pu faire par le passé
pour mériter ta volonté gnostique ?
Tu m’as donné tant d’yeux
qui ne me servent à rien,
mais je t’implore mon Dieu,
moi, le simple terrien ! ”

“ Suffit ! ”, dit le dieu des lombrics.
“ Tu n’as certes pas une bonne acuité,
mais tu ne connais pas le secret…
le secret de ta fécondité !…

Vas ! Trouves la mouche dorée,
sur le chemin du pouvoir,
le chemin vénéré,
entre les barrières immenses
des montagnes Alpines. ”

Puis il disparut.
La mouche, intriguée par l’idée de draguer
prit ses pattes à son cou
et partit en faire quatre cents…
“ J’en suis sure, y’a rien à voir ! ”,
dit-elle dans un élan émancipateur.

C’est toute de noir vêtue
que la mouche disparut
dans la moiteur herbacée
d’une prairie violacée
par un soleil perforateur.
Le périple de sa quête
serait trop long à expliquer
mais sachez que la mistinguette
en a réellement bavé.
Arrivée à Davos,
dans les Alpes Rhétiques,
la mouche reprit son souffle
oublié dans ce voyage érotique.
“ Mouche dorée, 10 Km ”,
lisait-elle sur une pancarte
qu’ils avaient dû omettre
d’indiquer sur sa carte.

Romaric, la mouche dorée,
vivait dans un palace.
Une espèce de diarrhée
complètement dégueulasse
qu’il venait d’acheter
à une fourmi molasse.
A l’entrée de sa demeure
il y avait une foultitude de mouches
de toutes les couleurs
et de toutes les souches.
D’après l’impressionnante odeur
qui volait dans les airs,
elles étaient en chaleur
et toutes célibataires.

“ A la queue, comme tout l’monde ! ”,
criaient les plus fécondes.
Il faisait si chaud à attendre debout,
que les mouches tombaient comme des mouches…
Elles entraient, une à une
dans le royaume, et chacune
ressortait trois minutes après.
Lorsqu’arriva le tour
de la mouche nationale,
on entendit les tambours
de sa profondeur vaginale
qui résonnait dans les têtes
de celles qui chantaient à tue-tête
l’hymne à l’amour.

“ C’est donc toi que j’attends
depuis bien trop longtemps ! ”,
lançait Romaric en poursuivant.
“ C’est donc toi l’élue
qui engendrera la diversité
de notre race d’excitées ?!… ”,
lui faisant don d’une descendance
qui s’engouffra avec prestance
dans la machine à fabriquer
des moucherons bien répliqués.

Peu de temps après,
les moucherons ont grandit,
se transformant en mouches
comme il était prédit.
Elles sillonnèrent le monde
en tournant sur elles-mêmes;
à des mètres à la ronde,
on les entendait quand même.

Elles se posent sur un bras,
on les repousse.
Elles se posent sur l’autre bras,
on les repousse à nouveau,
et ainsi de suite…
Jusqu’à épuisement de l’un ou de l’autre.

C’est donc ainsi que s’est produit
l’histoire des mouches helvétiques
qui, par un destin tragique,
allaient nous gonfler pour la vie.